L’art peut-il se vendre?

12 février 2014

Date: 7 février 2014 Auteur: jean paul Galibert
Reblog du site de Jean Paul Galibert (qui n’est plus accessible au public)

S’il existe, comme disait Aristote, un plaisir des yeux, qui soit proprement humain, à qui appartient-il ? Peut-il même être l’objet d’une propriété, ou bien est-il par nature commun et gratuit, aussi inappropriable[1] que l’homme même ? Au fond, le commerce des œuvres est-il plus licite que le commerce des hommes ? Peut-il y avoir un « marché de l’art » sans une double dénaturation, aussi obscène et dangereuse pour l’art que pour l’humanité ? Dès que l’art est marchandise, il devient l’apanage des plus riches, leur parure, et très vite la raison la plus apparente de leur domination. Faste, éclat, prestige, folle dépense, générosité sans mesure : tous les puissants ont voulu faire de l’art l’évidence même de leur puissance. Quel grand dirigeant n’a pas demandé à l’art l’élégance de sa mise, la mémoire de ses exploits, le monument de son ambition ? Quel richissime a su se contenter de ses biens sans réclamer l’image, la mélodie, le spectacle de sa richesse ? Si l’art est privé, tous les hommes en sont privés.

[1] Le mot est de Nancy, dans Le poids d’une pensée. L’approche, paru aux éditions de la Phocide 2009.

Comprendre la folie : Trouver le contenu

30 avril 2012

À un certain point dans ce blog il me semblait que je commençais à développer un peu de suivi. Et puis j’ai posté un article sur le sujet du contenu en peinture. Ok. Même moi, je ne le comprenais pas bien ! Mais je savais que c’était important. Voilà ce qu’il en est : même dans ce monde de la technologie notre culture continue d’être imprégnée de l’esprit romantique. Et la main gauche ne sait littérallement pas ce que fait la main droite. Les plus malins lèvent une main et crient « Regardez cette main ». Et il en est ainsi.

Les autorités autonommées écrivent au sujet du contenu. Certaines vont un petit peu plus loin et écrivent sur la technique de l’artiste. Il en résulte une massive confusion pour la plus grande part. L’art fait partie de la vie au même titre que la cuisine, l’agencement de la cuisine, comment l’on s’habille, comment on fait l’amour, etc. Je devrais ajouter qu’autrefois cela faisait partie de nos choix politiques.

De nos jours et tout à fait coîncidentallement l’artiste n’a pas le temps d’être un bon (c.à.d perfectionner son métier) artiste et tout à la bois d’avoir une influence même modeste : Du n’importe quoi !

Version en anglais : Sense out of Madness: Finding the Content

Être peintre et photographe

2 février 2012

Pendant 50 ans, j’ai partagé mes efforts entre peinture et photographie. Si l’on regarde l’histoire de la photographie, on peut soutenir que cela a été introduit par les impressionnistes. Ils étaient bien au courant de la photographie. Degas prenait des photos. Leur première exposition s’est faite dans le studio de Nadar, etc. … Presque tous ces peintres étaient directement impliqués dans la photographie. Un petit peu plus en arrière dans l’histoire, on sait que Courbet a travaillé occasionnellement à partir de photographies. C’est alors que les questions des questions peuvent se poser :

Pourquoi continue-t-on à insister que photographie et peinture restent séparées encore de nos jours ?

Ne peut-on, dans notre supposée civilisation, reconnaître qu’un artiste visuel peut faire les deux ?

Je me souviens très bien d’une rencontre avec une femme quelques années après mon arrivée en France. Je me promenais avec ma camera. Cette femme m’harangua, voulant savoir si j’étais bien le peintre. J’acquiesçais et alors elle se mit à m’agresser verbalement parce que je prenais des photographies (non sans blague ?!). Je parle de la France mais je me suis aussi trouvé en face de cette façon de penser aux USA. Pourtant nous sommes amenés aujourd’hui à apprécier la peinture photo-réaliste. Ce n’est de mon point de vue qu’une forme banale de peinture qui perd la représentation visuelle de la lumière telle que nous la voyons : pas photographiquement mais telle qu’on la VOIT et non pas comme un appareil analogique ou digital l’enregistre et nous ne réussissons pas à apprécier la différence qui n’est pourtant pas particulièrement subtile.

Photographie et peinture ne sont que les deux facettes d’un même problème. Tout ça pour dire qu’elles sont toutes deux des moyens de comprendre la perception.

En passant à un registre plus léger, nous pouvons voir que nous sommes en train de faire l’expérience d’un changement d’une rapidité sans précédent. Toutes les routes mènent à Rome et bien entendu aux grecs. Au fur et à mesure que nous évoluons en tant que groupe social, nous les êtres humains restons suspendus au bord de la prochaine étape de notre évolution. Allons y !

Version en anglais : Being a Painter/Photographer

Peinture et photographie : Deuxième partie

28 novembre 2011

Dans un billet précédent, je me suis demandé si un
peintre pouvait aussi être un photographe. Depuis, la recherche d’une maison dans toute la France, le déménagement, la rénovation, l’organisation etc. Cela a été un long arrêt pour mon état contemplatif habituel. Après quelques mois de retour sur mon chemin, j’ai eu une profonde intuition. A un certain moment j’ai fondamentalement et radicalement transformé mon travail, mon art et ma santé.

Je pense que de nos jours c’est vers l’art que convergent nos plus pressantes questions et problèmes. Ceci suggère quelque chose de différent du monde des affaires habituel. Il est inutile de souligner qu’un grand nombre de peintres, de photographes, de graphistes, etc. doivent se battre pour s’en sortir et souffrent. C’est aussi le cas de bon nombre de nos semblables.

Nous travaillons tous avec un état d’esprit qui a été façonné durant des millénaires. Et que ce soit cette façon de penser qui nous conduit dans une dangereuse direction est désormais sans conteste. Nous avons un problème technique dans notre façon d’être. Vous pouvez certes ne pas y croire mais je peux simplement vous suggérer d’ouvrir votre esprit à cette possibilité. Ce qui suit n’est que spéculation sur comment un esprit libre des entraves du passé pourrait aborder le travail créatif.

Ce que Wyndham Lewis appelle « Le démon du progrès dans l’art », livre publié en 1955, rend les choses plus compliquées. Wyndham Lewis est peut-être un peu trop véhément pour beaucoup mais si vous pouvez trouver un exemplaire de ce livre, vous y trouverez une analyse intéressante faite par quelqu’un qui a été plongé dans le monde des arts pendant plus d’un demi siècle.

J’ai lu la plupart de ce que Wyndham Lewis a écrit pendant sa longue vie féconde. Ayant été présent dans les tranchées de la première guerre mondiale, il été passionnément préoccupé par l’humanité. Pour ceux d’entre vous qui connaissent Saul Bellow, je puis vous dire que ce dernier en était un ardent fidèle de Lewis.

En tous cas, voilà ce qu’il en est, il semble logique de lire ce que les experts ont à dire. Beaucoup parmi eux sont intéressants à lire. Il y a beaucoup de bonnes idées à y puiser. Au bout du compte cependant, il ne reste que cela : des idées. Depuis longtemps il m’est apparu que si les idées et les bonnes intentions résolvaient les problèmes, nous n’en aurions beaucoup moins. Le même scénario se reproduit depuis des centaines de milliers d’années. Il semble que nous ayons pris un mauvais chemin très tôt dans notre évolution. Il apparaît que ce n’est ni économiquement faisable ni rationnel de continuer dans la même vieille routine.

J’étais un membre de la Beat Generation des années 50. Observer et participer dans l’éclosion des idées de Peace and Love qui ont suivi m’ont conduit sur ma voie. L’espoir de communiquer ce que j’en ai appris m’a poursuivi continuellement depuis. Il m’est profondément triste de voir dans quel état nous laissons le monde pour les jeunes générations. Le tout avec les meilleures intentions : n’est-ce pas ? Ceux d’entre nous qui ont pu éviter la moulinette des longues heures de travail sans âme et qui on pu réfléchir librement et pleinement ont une obligation particulière. Rester fixé dans les vieux modes de comportement n’est pas possible. La plupart d’entre nous sont intelligents, bien éduqués, cultivés et suffisamment doués pour ne pas être influencés par l’esprit du temps. Cela n’a pas été suffisant. Nous avançons très lentement. Peut-être de quelques millimètres. Aucune des vieilles solutions n’a marché. Elles proviennent toutes d’un esprit qui essentiellement n’est capable que d’engendrer des idées, des pensées etc. qui ne sont fondées que sur le passé déjà mort et sur un futur imaginé. Si on arrête de faire ainsi, un miracle pourrait se produire. C’est très simple mais loin d’être facile. La plupart diront que c’est impossible. Hé bien, moi, j’affirme que cela est possible. Pensez à ceci : si cela n’est pas possible, la vie sur notre planète n’est qu’une cruelle plaisanterie.

Vous demandez certes ce que tout cela a à voir avec la peinture et la photographie ? Hé bien je soupçonne un étroit rapport avec la perception. Je suis un vieux renard et si je peux changer profondément ma santé et ma façon de penser et de voir, je suis sûr que d’autres aussi le font.

Version en anglais : Painting & Photography Part II