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Sur la vie et l’art

A mon avis, nous ne pouvons enseigner l’art à personne. Mais, ceci étant dit, nous ne sommes pas dispensés de passer notre vie à apprendre.

Dans ma jeunesse, j’ai étudié la littérature classique et la philosophie. Ensuite, depuis trente ans, j’ai été obsédé par l’art et la littérature du 19ème siècle dans l’espoir de comprendre mieux comment nous en étions arrivés à cette pagaie. J’ai passé beaucoup d’années dans la ville de Portland, dans l’état d’Oregon, aux États Unis à parcourir la librairie Powell, une des plus grandes librairies de la planète ainsi que la bibliothèque de la ville de Portland. Je vivais entre ces deux bâtiments qui se situent à environ 50 mètres l’un de l’autre et je faisais des allées et venues avec des piles de livres que je lisais dans mon appartement.

Pendant les années 80, j’ai commencé à me consacrer entièrement à la peinture. J’ai certainement attendu bien trop longtemps. Ce n’est pas que je n’avais jamais peint. Il me semble que j’ai toujours eu un crayon ou un pinceau à la main. Est-ce que je manquais de confiance en moi ? Je pense que j’étais paralysé par l’obligation de communiquer quelque chose de valeur.

Il m’est difficile d’entrer dans l’aventure du post-modernisme. Mais j’avais aussi quelques difficultés avec le modernisme. Cela prend du temps de se frayer un chemin au travers des pirouettes et du bruit que les écrivains et les critiques ont placés en toutes choses. C’est intéressant de voir comment les critiques d’art français sont devenus de plus en plus polarisés au milieu de 19ème siècle. Dans de futurs articles, j’examinerai, peut-être, cela en détails. Disons seulement que quelquefois la capacité intellectuelle d’une société progresse et que quelquefois, elle régresse.

En tout cas, j’ai vraiment commencé à, comment dit-on?, peindre sérieusement. La chance a voulu qu’à cette époque j’eusse comme voisine de pallier une peintre de New York, Kay Heally, une femme fascinante qui avait vécu à Shangai dans les années trente, mais ceci est une autre histoire. Elle avait été en étroite amitié et avait peint en compagnie d’Anna Meltzer, une peintre qui avait gagné une notoriété certaine, ce qui était assez remarquable si l’on considère que c’était une femme et ceci dans le New York des années 40. Elle avait eu quelques tableaux accrochés dans de nombreux musées. Mon amitié avec Kay m’a beaucoup aidé. Comme nous vivions porte à porte, nous nous voyions quotidiennement. Chaque soir, pendant plus de trois ans, nous nous retrouvions autour d’un verre et parlions de la vie. Nous avons perdu Kay l’année où je suis parti pour la France en 1994. Elle avait atteint l’âge respectable de 89 ans, une femme merveilleuse.

J’’ai alors appris que pour l’artiste la théorie et son application sont toutes deux importantes. Et plus encore, car quand vous donnez à chacune d’entre elles sa juste part, leur synergie fait qu’il arrive des choses étonnantes. On peut citer d’autres paradoxes permettant de les réconcilier : la représentation et l’invention. le moment présent et l’éternité, l’opposition entre le subjectif et l’objectif, l’intellect et l’émotionnel, etc. Je découvre maintenant la lumière au bout du tunnel. La lumière grandit un peu plus chaque jour. Tout cela devrait me permettre d’obtenir quelque chose qui me satisfasse et qui vaille la peine d’être communiqué.

Et amusez vous! Si vous ne vous amusez pas, le prix à payer est trop fort.
Denis

Version en anglais : On life and art

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