« Sur la Peinture

Mois de mai, 2007

Clarification

26 mai 2007

J’ai reçu quelques courriels comportant des commentaires et des questions en quête d’éclaircissement. Ceux-ci m’encouragent beaucoup. Ces personnes ont une qualité remarquable qui est trop rare de nos jours. Peu de personnes pensent au-delà de la surface des choses.

Les mots que nous utilisons sont importants bien que, en même temps, ils érigent barrières et limitations pour la clarté de notre pensée. Le mot culture n’apparaît même pas avant l’an 1510. Cela a été le tout début de la tentative moderne qui tend à séparer le contenu de la forme. La plupart des gens aujourd’hui ne se préoccupent de l’art que sur le plan du contenu. Ils mettent le travail d’art dans la boîte et l’étiquètent selon son usage supposé. Où est passé la magie ? Les premières aventures artistiques de l’humanité étaient certainement magiques.

Maintenant, c’est devenu tout à fait problématique de parler ou d’écrire sur ces sujets. On peut aujourd’hui seulement questionner notre manière de justifier l’art. Au-delà, c’est devenu un terrain imaginaire intouchable.

Une chose de plus avant que je n’arrête mes rodomontades. Les critiques d’art ont maintenant trouvé une manière astucieuse de contourner entièrement le problème. Ils ne parlent pas du tout d’art. Ils se contentent de faire une analyse psychologique de l’artiste. N’est-ce pas un bon moyen de rendre l’art opaque et maîtrisable ? N’est-ce pas le triomphe de l’intellect et le net refus d’une pensée plus profonde ?

Denis

Version en anglais : Clarification

Penser hors du cadre

17 mai 2007

«La Loue à Montgesoye» huile sur toile marouflée sur bois, 27cm x 22cm, mai 2007.

Peut-on réfléchir et raisonner sans les formes de pensée induites par l’ego ? Je crois qu’il y a une façon de penser qui n’est pas engendrée par l’ego. Tout d’abord, peut-on s’accorder sur le fait qu’il y a une frontière entre la réflexion et l’expérience ? Est-ce qu’il y a une relation entre les deux ? Je n’entends pas la réflexion au sens de sujet pensant et l’expérience au sens de l’objet expérimenté ce qui est simplement la dualité. Mais y a-t-il un lien essentiel ? Cette question est au cœur des plus intelligents dialogues du siècle passé.

La semaine dernière j’ai évoqué Herman Hesse. Il comprenait l’artiste autant que le mystique parce qu’il était l’un et l’autre. Il n’y avait pas de conflit entre son intuition et son intellect. En lui l’instinct et la pensée étaient en parfait accord.

Au cours de ma vie créative, j’ai essayé de résoudre ce conflit dans mon travail. C’est dans le travail créatif que l’on approche cette région frontalière située entre la réflexion et l’expérience. C’est là que l’on peut sortir du cadre.

En l’art et en la vie,
Denis

Version en anglais : Outside the Box Thinking

Changement global

10 mai 2007

Passer de la peinture à l’huile à la peinture à l’aquarelle demande un changement global. Il est difficile d’imaginer une modification plus importante des conditions du travail.

John Sargent avait raison. Peindre une aquarelle est un état d’urgence. Degas pensait probablement à la peinture à l’aquarelle quand il comparait la réussite d’une peinture à la perpétration d’un forfait. Peindre une bonne aquarelle demande de la ruse.

La peinture à huile, elle, vous permet la liberté de la contemplation. C’est un medium si souple et si indulgent que, comparativement, il semble vous donner une bouffée d’air frais. Vous pouvez vous rendre dans un espace plus calme et planifier votre prochaine action.

Qu’est-ce que ces deux médiums ont en commun ? Au-delà de l’évidence qui est celle de placer des pigments sur une surface plane, il y a l’effet du temps. Le temps est l’élément commun. L’aquarelle constitue le médium contemporain par excellence car il est rapide et spontané. Le travail à l’huile est contemplatif. Il se déroule sur une période de temps beaucoup plus longue. La différence est quasi la même qu’entre déguster un bon vin et boire un « pepsi ».

Herman Hesse disait que l’artiste et le mystique essayaient de faire la même chose : annihiler le temps, l’artiste par l’hyperactivité et le mystique par l’inactivité.

Cette distinction, je pense, est très mal comprise aujourd’hui. On ne ralentit pas suffisamment pour comprendre le coté contemplatif des choses. Quoi qu’il en soit …

Denis

Version en anglais : Global Change

Apprendre à peindre à l’aquarelle

3 mai 2007

«Winter Tree», aquarelle, 19cm x 25cm,<br /> papier pur coton, 2005

La première règle de la peinture à l’aquarelle est qu’ il n’y a pas de règle. Cela n’aide sans doute pas beaucoup mais c’est ainsi. Voilà en partie pourquoi peindre à l’aquarelle est si difficile. Par contre, c’ est aussi ce qui la rend si amusante. Beaucoup de gens, une fois qu’ils ont goûté à l’aquarelle, abandonnent tous les autres médiums.

J’hésite à donner des instructions techniques spécifiques. Il existe beaucoup de livres pour cela. Il serait bon d’étudier tout ce que vous pouvez trouver. C’est seulement après maints essais et erreurs que vous pourrez déterminer ce que vous devez maîtriser. Vous devez vous préparer à ce que cela prenne pas mal de temps. Combien ? La réponse dépend de la mesure de votre degré d’implication. Faites simple. Achetez du bon matériel tout en restant simple. Vous n’avez pas besoin d’une énorme palette. Une version chaude et froide des couleurs primaires est suffisante. Un vert comme le viridian et un orange cadmium pourraient se révéler utiles. Il est nécessaire d’étudier les caractéristiques des pigments. C’est seulement en faisant comme cela que vous commencerez à comprendre ce qui vous convient.

Quelques uns sinon tous vont penser que ces conseils ne sont pas assez directifs ou pratiques pour la tâche en question qui est l’apprentissage de la peinture à l’aquarelle. Cela dépend du résultat que vous voulez obtenir. Si vous voulez avoir le plus rapidement possible une « jolie » image alors suivez une des formules données par l’école de la « peinture par la quantité ». Je suis un peu dur. S’il vous plaît, pardonnez moi. Je dis cela car j’en ai par-dessus la tête de la médiocrité. Si on entreprend quelque chose, on se doit de bien le faire ! Il est essentiel d’apprécier le processus de l’apprentissage. Finaliser sa première peinture n’est pas une chose si importante.

Laissez-moi vous dire que je respecte beaucoup toute personne qui est engagée dans le processus créatif.

Bon courage,
Denis

Version en anglais : Learning to paint watercolor

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