Changement global
Passer de la peinture à l’huile à la peinture à l’aquarelle demande un changement global. Il est difficile d’imaginer une modification plus importante des conditions du travail.
John Sargent avait raison. Peindre une aquarelle est un état d’urgence. Degas pensait probablement à la peinture à l’aquarelle quand il comparait la réussite d’une peinture à la perpétration d’un forfait. Peindre une bonne aquarelle demande de la ruse.
La peinture à huile, elle, vous permet la liberté de la contemplation. C’est un medium si souple et si indulgent que, comparativement, il semble vous donner une bouffée d’air frais. Vous pouvez vous rendre dans un espace plus calme et planifier votre prochaine action.
Qu’est-ce que ces deux médiums ont en commun ? Au-delà de l’évidence qui est celle de placer des pigments sur une surface plane, il y a l’effet du temps. Le temps est l’élément commun. L’aquarelle constitue le médium contemporain par excellence car il est rapide et spontané. Le travail à l’huile est contemplatif. Il se déroule sur une période de temps beaucoup plus longue. La différence est quasi la même qu’entre déguster un bon vin et boire un « pepsi ».
Herman Hesse disait que l’artiste et le mystique essayaient de faire la même chose : annihiler le temps, l’artiste par l’hyperactivité et le mystique par l’inactivité.
Cette distinction, je pense, est très mal comprise aujourd’hui. On ne ralentit pas suffisamment pour comprendre le coté contemplatif des choses. Quoi qu’il en soit …
Denis
Version en anglais : Global Change
13 mai 2007 a 15:53
j’ai peur de l’interpréter à l’envers. C’est l’huile qui est comme un bon vin ? c’est avec l’huile qu’on peut créer en concentration avec soi, essayant de rendre l’intérieur, l’aquarelle étant la spontanéïté ? en accord seulement avec l’instant ou alors l’intuition qui est la somme de tout ce qu’on sait ?
17 mai 2007 a 11:50
Annie: Merci pour tes commentaires profonds et tes questions prertinentes. J’espère que ma réponse va aider. Les métaphores sont toujours difficiles et épineuses. Pourtant en voici une autre: D’une certaine façon, je pense que la peinture à l’huile est devenue en quelque sorte le second enfant pour beaucoup de gens.et donc on est tenté de négliger son importance. Je le sais bien car j’ai eu cette tendance et je la reconnais. J’ai consacré une grande part de ma vie à bousculer de l’aquarelle sur du papier . Dans le passé et encore maintenant pour beaucoup de personnes, l’aquarelle est considérée comme un médium secondaire. De nos jours, elle a regagné quelque importance et lettres de noblesse. Pour moi, je pense que ce statut est relatif. Les distinctions faites entre les différents médiums sont relatives. Ce qu’ils nous peuvent nous apprendre sur la créativité est ce qui est important. Il nous reste beaucoup à apprendre.
En l’art et en la vie, Denis.
english version
Annie; Thank you for your very thoughtful comments and questions. I hope that my response will be helpful. Metaphors are always tricky and difficult. But? Here is another one. In a way I think that the oil painting has become like the middle child for many people. And as such these people neglect its importance. I know this because I’ve had this tendency and I recognize it. I’ve devoted a good part of my life to pushing watercolor around on paper. In the past, and still with many people, watercolor is considered as a secondary medium. Today, it has regained some status and importance. I think that my point is that this status is relative. The distinctions between different mediums is relative. What they can each teach us about creativity is the important thing. We still have a lot to learn.
In Art and Life, Denis