Conseils pour peindre : comment trouver les mots ?
14 juillet 2007Au fil des années, on m’a souvent demandé des directives et des conseils. Pour moi, la meilleure façon de s’y prendre n’a jamais été facile ou claire. Je ne me suis engagé que très rarement à donner des conseils ou à essayer d’enseigner. C’est simplement beaucoup trop difficile. Réfléchir à ce problème m’a poursuivi depuis de longues années. Et je ne suis pas du tout à l’aise de paraître distant.
Il me semble que le problème majeur provient de l’importance que l’on accorde à la technique. C’est comme si tout un chacun avait un livre de recettes dans son approche des choses. C’est là l’essentiel du sujet : le fossé énorme qui sépare la connaissance de l’expérience directe et immédiate. Les principes abstraits de base se substituent à notre intelligence. Notre monde est maintenant menacé d’opacité et de confusion. Il est si opaque que les écrivains contemporains décrivent notre société comme étant un hologramme.
Depuis Platon, le peintre et plus particulièrement tous ceux qui sont suffisamment audacieux pour enseigner la peinture, ont été des membres marginaux de la société. Si la théorie du Gestalt est correcte, et je pense qu’elle l’est, la vision et la pensée ne sont pas des processus séparés. La perception est intimement associée avec notre apprentissage de la pensée. Il est quasi criminel que cela n’entre pas en ligne de compte dans nos systèmes éducatifs. Nous apprenons littéralement nos jeunes enfants à être stupides. Le peintre a bien des choses à enseigner et doit surmonter beaucoup d’incompréhension.
Entre parenthèses la semaine dernière nous passions quelques jours en chambre d’hôtes en Alsace. Nous avions mis la télévision pour obtenir la météo. Dans l’émission « Qui veut gagner des millions ? » était posée la question suivante : « En quelle siècle est né l’impressionnisme ? » et les réponses proposées étaient : « 17ème, 18ème, 19ème ou 20ème ». Le candidat ne connaissait pas la réponse. Il demande le joker 50/50 qui lui donne le choix entre le 18ème et le 19ème siècle. Il ne sait toujours pas et abandonne la somme de 12000 €. J’étais stupéfait. Je me demande si le candidat n’a jamais entendu parler de Monet, Manet, Pissaro, Degas ou Renoir ? Est-ce que quelqu’un doit faire partie de l’élite culturelle française pour savoir cela ?
Revenons à notre sujet d’aujourd’hui. La vision et la pensée ne sont pas des activités séparées. Quand nous voyons un « arbre », il un a un temps de décalage entre le stimulus sur la rétine et la reconnaissance « arbre ». Nous avons tendance à penser que ce décalage n’est pas important. C’est pourtant un indice important de quelque chose qui se passe durant ce temps infime ( voir Robert Pirsig : traduction d’extraits du Chapitre 1 du «Traité du Zen et de l’Entretien des Motocyclettes »).
La bonne nouvelle, si nous revenons au sujet du comment aider quelqu’un à peindre, est que si vous comprenez le problème suffisamment bien, vous serez en mesure d’aider les autres. Vous pouvez les aider à comprendre la difficulté qu’il y a à se relier à l’expérience directe. Cela est sans doute plus difficile que d’enseigner les techniques de la peinture mais je crois que l’effort en vaut la peine. Personnellement, je commence lentement à atteindre le point où je comprends suffisamment bien pour trouver les mots pour le dire.
Denis.
Version en anglais : Painting Instruction: Finding the Words

29 juillet 2007 a 17:11
Le trait de peinture de Denis Webb rappelle soit Monet soit Renoir où chromatiquement,dés qu’on lance le premier coup d’oeil à la toile,on a l’idée de la vision d’ensemble et de l’intention de l’auteur.
29 juillet 2007 a 21:07
Et je me permets aussi de dire que c’est vrai ce que disent certains écrivains aujour d’hui: nous allons vers une société-hologramme,où l’intelligence est un muscle en voie d’athrophisation: tout est maché,tout est servi « all-included », il n’y a plus de résultantes logiques (ou illogiques en tant que raisonnements erronées mais toujours discutables potentiellement). Où finirons-nous? Je ne voudrais pas donner raison à George Orwell (1984), mais il a hélas raison. Ouf,heureusement je vois chaque jour (ou presque) ces monuments de la Rome ancienne (je suis driver guide à Rome) qui sont là depuis plus de 20 siècles,qui ont été construits entièrement à la main et qui parlent beaucoup plus que n’importe quelle technologie: ce sont les racines de notre histoire, et n’ont pas besoin de proférer mot…
30 juillet 2007 a 11:39
Je suis entièrement d’accord avec votre commentaire et j’adore l’analogie. Il est intéressant de voir que là ou je vis (Besançon, France) était à l’origine un camp celtique et devint ensuite très tôt un camp romain qui se développa ensuite en une ville romaine.
Juste à quelques pas de chez moi, il y a des restes d’un théâtre romain et d’un arc de triomphe du premier siècle romain. Les ruines parlent aussi. Elles n’ont pas besoin de mots pour cela.
9 janvier 2009 a 12:11
hi
good luck
10 août 2009 a 10:58
La culture se perd, et au travers de certaines émissions on se rend compte du niveau des Français… et pourtant le pire c’est que les candidats ont été choisis sur le volet, pour ne pas jeter un « froid » sur l’émission.
Le positif c’est que dorénavant d’un coup de click, la culture s’offre à nous.
14 novembre 2009 a 21:37
Entièrement d’accord avec le magicien alsacien !
Désormais, nous avons la main, le choix, le fameux « coup de click » qui permet de s’affranchir de cette misère culturelle ambiante.
22 octobre 2010 a 13:58
Et bien, je me sens moins seul d’un coup.
En effet, transmettre son savoir, quand il s’agit de visuel est extrêmement difficile. De plus en infographie le tout est brouillé par une tonne de jargons techniques propres à la nature même du support.
« Ce qu’on maîtrise bien s’exprimer clairement », comme on dit…
Je ne dois pas bien maîtriser alors, car quand il s’agit de trouver les mots justes pour faire comprendre une certaine vision de l’esthétisme, on me répond « technique ».
Merci pour votre blog, je vais continuer à l’explorer!
Amicalement,
Alexis