Défi des ateliers de la misère : chaîne de montage de la peinture artistique
Dans le cas où vous l’auriez manqué, il y a environ deux ans, on a attiré l’attention sur l’entreprise d’exportation la plus hors du commun : la peinture artistique ou plus précisément l’art au rabais (voir le lien et encore le lien). Je suis sincèrement heureux que des dizaines de milliers de pauvres peintres chinois aient trouvé un emploi. Je ne suis pas heureux qu’ils doivent le faire pour des salaires de famine. Un peintre estimait qu’il gagnait 18 cents pour une peinture qui pouvait se vendre plusieurs centaines de dollars en Europe ou aux USA. N’est pas cela l’exploitation du travail dans un atelier de la misère ?
On ne sait pas exactement combien de peintures ou combien de charretées de conteneurs de peintures sont exportées. Nous savons qu’il s’agit d’un très grand nombre. Une communauté (Shenzhen), la plus grande ville de fabriques de peintures comprend un nombre estimé de 8000 à 10000 esclaves peintres. Ils font partie d’une organisation de 500 à 600 peintres esclaves. Collectivement ils exportent plus de 5000000 peintures par an. Une autre communauté, Xiamen City, a environ 7000 travailleurs peintres qui exportent à peu près la même quantité. Ces peintures sont vendues aux marchands d’art au conteneur et sont envoyées en Europe et aux USA.
Je voudrais revenir en arrière d’environ 40 ans vers la fin des années 60. Près de l’endroit où je vivais dans le Pacific Northwest aux USA, une nouvelle galerie d’art s’installait. Elle était bien située, spacieuse et remodelée avec élégance. J’avais discuté avec le propriétaire présomptif. Il me trouva à son goût et me proposa de tenir la galerie. Je refusais l’offre pour beaucoup de raisons différentes : l’une d’elles étant que je ne pouvais pas établir s’il était légal. J’ai parlé à des gens qui pensaient que c’était un mafieux ou un membre de la CIA ou les deux. J’en parle parce qu’il m’avait expliqué que sa galerie d’art allait lui rapporter gros. Les peintures étaient importées d’Europe probablement d’Italie. Où exactement étaient-elles peintes? Il ne le disait pas. Elles semblaient avoir une touche européenne ou russe. C’étaient des peintures représentatives faites dans un style classique et elles ne coutaient à ce type, chacune gentiment encadrées, que quelques dollars pièce. Etait-ce un moyen de blanchir de l’argent ?
Il y a, à part le désavantage évident dans lequel se trouve l’honnête artiste actuel, l’injustice criante de tout ça. C’est une chose de ne pas respecter et honorer l’effort créatif. C’en est une autre d’être dans un système qui fait de son mieux pour le saboter.
Un dernier mot au sujet des importations chinoises: Quelques unes d’entre elles n’apparaissent pas être de mauvaise qualité. Si l’on considère les conditions dans lesquelles elles sont peintes, c’est un accomplissement stupéfiant. D’un autre côté, on ne peut pas dire non plus qu’elles soient de bonne qualité. Le message étant que si vous êtes un artiste ou un peintre vous devez rechercher encore plus profondément la qualité : affûtez le « message ».
Longue vie à l’artiste peintre
Version en anglais : Sweatshop Challenge: assembly line fine-art painting
