Suivez votre cœur : achetez la peinture que vous aimez
« L’art contemporain est devenu un moyen de juger si vous êtes à la page mais il n’est pas forcément devenu un signe de bon goût » (http://www.iht.com/articles/2006/11/01/news/entracte.php).
Maintenant, la sagesse vous conseille que si vous voulez investir dans la peinture contemporaine, vous ne devez pas acheter ce que vous aimer. Au contraire, vous devez suivre le chemin qui est suivi par les investisseurs qui sont au courant : vous investissez dans un peintre.
- Premièrement et avant tout n’achetez jamais une nouvelle ou une récente peinture en tant qu’investissement. Au lieu de cela, vous achetez un peintre nouveau ou récent.
- Si vous n’avez pas de penchant vers la peinture contemporaine, de temps ou d’argent, ce n’est pas un problème. C’est la spécialité de la plupart des galeries d’art contemporain. Leur jeu consiste à trouver les artistes qui vont marcher et à gonfler leurs prix.
- Supposons que le nom du peintre est connu d’au moins trois personnes au second rang du monde de l’art : peut-être un critique pour une publication mensuelle ou l’ex-femme d’un collectionneur. Ces personnes vont vous être très utiles quand le temps sera venu de faire circuler le nom du peintre.
- Assurez-vous que votre artiste a du talent ou de la personnalité ou même au lieu de talent : du brillant ou un nouveau style de peinture suffisent.
- Sa personnalité doit au moins durer trois ans. Aussi un caractère plus profond n’est pas important. En trois ans vous aurez sécurisé votre investissement et accumulé un profit raisonnable.
- Trouvez un bon spécialiste en relations publiques. Pour une somme modeste ils introduiront le nom de votre artiste dans le gotha par courrier et dans les listes d’hôtes de la haute société.
- Pour un peu plus, cette personne peut faire valoir votre nom pour aider votre investissement (par exemple « protecteur d’art bien connu… » ou « collectionneur notoire… » etc.) .
- Ensuite vous financez un one-man show dans une bonne galerie. Cela peut vous coûter entre 15000 et 20000 € mais c’est une aubaine. Cela vous apporte un peintre victorieux et du même coup augmente votre réputation.
- Il est clair que vous invitez les critiques d’art à cette exposition. Priez pour qu’ils aiment au moins une ou deux peintures.
- Financez quelques amis afin qu’ils achètent quelques unes des peintures. Il n’y a rien qui ne peut plus motiver les investisseurs pour acheter que de voir ces petits points rouges.
- Pendant cette exposition, trouvez quelqu’un avec du temps, de l’argent et de la patience pour emmener votre artiste faire le tour de divers cocktails et enseignez lui les quelques bonnes manières indispensables ainsi que le bavardage artistique type.
Cela met fin à votre première année d’investissement dans l’art en vue d’en tirer des bénéfices. Votre seconde année sera beaucoup plus facile. Vous financez un second one-man show. Le spécialiste en relations publiques lui place un paragraphe ou deux dans une publication artistique et trois ou quatre apparitions à la télévision. La troisième année est encore plus facile. Votre artiste a une autre exposition, une première dispute dans un restaurant haut de gamme et est, pourquoi pas, victime d’un assassinat manqué par une femme un peu folle. Incuber et élever un peintre est une occupation réservée aux très riches !
L’idée de cette recette, ou plutôt formule, provient d’un texte que j’ai photocopié dans un livre il y a 30 ans. Malheureusement je n’avais pas noté les références de la publication ou le nom de l’auteur. Je serai très heureux si quelqu’un la connaît et peut me communiquer ces références.
Moralité : L’achat d’art contemporain peut être effrayant pour le non-initié.
Mon conseil : Achetez ce que vous aimez de quelqu’un d’honnête.
Version en anglais : Follow your heart: buy the painting you like