Peindre l’univers
La singularité de l’avant et des débuts des années 60 dans le mouvement artistique à San Francisco a été … Comment le dire ? Je peux le décrire de cette façon : il est entendu que ceux qui se rappellent des années 60 n’y étaient pas. Le « décor », si cela signifie quelque chose, était une expérience qui vous changeait la vie. Cela transformait les gens. Cela les reliait d’une certaine manière à l’univers tout entier. Ce n’était pas bien sûr l’expérience « hippie » ordinaire. Ce dont je parle est d’une façon exceptionnelle d’appréhender l’expérience intellectuelle et artistique : une poursuite intellectuelle qui était d’une certaine façon distante de la pensée rationnelle et directement tournée vers la vie. Par dessus tout, c’était la liberté …, la liberté d’avoir une compréhension individuelle de notre relation à la vie. Le travail de Jung sur les types psychologiques m’a alors beaucoup aidé dans ce domaine. Vive la différence !
Bien du temps après j’ai commencé à réfléchir sur le rôle de « l’esprit pionnier » dans ce contexte des années 60. Bon, réfléchir n’est sans doute pas le mot correct, j’ai plutôt eu l’intuition que les gens qui furent les premiers ouvriers de ce mouvement étaient infectés par quelque chose. Ce quelque chose a été appelé l’esprit pionnier. Il s’agit d’un changement psychologique subtil dans la relation des gens avec la nature et le monde dans sa totalité : l’univers. Ils ont commencé à se reconnaître comme étant une partie inhérente du tout. Les épreuves et les souffrances leur ont appris à se rapprocher intimement du monde, je dis intimement car en fait ils se sentaient alors comme en faisant partie.
A première vue, que nous fassions partie du monde semble si évident. Mais la culture européenne et par conséquent américaine a été pendant des siècles conditionnée vers une vision égocentrique et antropomorphique du monde. Les pionniers (dont une ou deux générations auparavant s’étaient dirigés dans des chariots vers l’ouest jusqu’à atteindre l’océan pacifique) recherchaient sans aucun doute inconsciemment une nouvelle vision des choses. Et cette nouvelle vision était consciemment engagée dans les débuts de l’avant-garde artistique en Californie.
Les commentaires sur ma peinture sont toujours les bienvenus. La créativité ne survient pas sans rien. Cela néanmoins me paraît surprenant que de nombreux commentaires signalent le manque de personnages dans mes peintures de paysages. Pour moi, il n’y a simplement pas besoin de personnages dans un paysage. Ils y sont déjà. Il n’y a aucune séparation visuelle, intellectuelle ou émotionnelle..
Version en anglais : Painting the Universe
