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Liberté vis-à-vis du contenu

Dans l’article précédent « Libération vis-à-vis du contenu » mais aussi dans un article posté le 15 Juin 2007 « Grandes réponses », j’ai abordé le même problème sous des angles différents. Au risque de me répéter, je vais me lancer encore dans ce sujet. Espérons que les résultats de mes cogitations sur ce problème soulèveront votre intérêt.

Goethe disait que : « tout ce que nous percevons n’est que du matériel brut ». Cette courte phrase répond non seulement à une question philosophique de base mais parle aussi clairement de ce qu’est le fondement de la réalité de la vie. Il y a un décalage dans le temps important et significatif qui est normalement ignoré. Des tas de choses surviennent immédiatement après notre perception, et ceci à un niveau si subtil et si vite que nous passons directement aux pensées qui nous viennent à l’esprit. C’est ce que nous faisons tous. C’est facile et rassurant mais ce sont ces sensations manquées, ces processus internes du corps, ces perceptions, etc. qui forment la palette de la vie, les blocs de construction de l’expérience. L’artiste est la personne qui intervient dans ce processus d’avant la pensée. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre les sensations dont Matisse et Cézanne parlent.

Entre autre choses importantes, Cézanne disait : « L’art est une harmonie qui évolue parallèlement à la nature … Que dire de ces imbéciles qui disent qu’un artiste est toujours inférieur à la nature ? ». Cézanne pouvait dire cela car il comprenait ses sensations. Ce sont ses sensations corporelles qu’il traduisait en couleurs et en peinture.

Il y a un équilibre délicat entre une approche disciplinée et une recherche intuitive. Il y a la même différence entre la réflexion et l’expérience qu’il y a entre les valeurs esthétiques et psychologiques. Quand un artiste devient moins soucieux du résultat final et se concentre sur le processus créatif il trouve qu’il y a un fil du rasoir très aigu qui sépare ces à priori contraires.

Quand nous sommes en accord avec le processus, au moment de l’observation nous percevons directement ce qui est la sous nos yeux. Avant que n’arrive l’art déconstructif, les artistes avaient le souci de retrouver l’immédiateté et l’innocence de l’œil : ce que Matisse appelait « la condensation de la sensation ».

La peinture d’un sujet reconnaissable fixe l’attention du spectateur. Cela amène à la question d’entre les questions : Qu’en est-il exactement de notre lien avec le monde extérieur ? Est-ce le lien avec le monde de la nature ?

Il devient clair si l’on réfléchit à cela que nous ne pensons pas au niveau de la perception. En quelque sorte le processus physiques intérieurs sont organisés en perceptions intuitives qui sont à leur tour abstraites dans les symboles que nous appelons la pensée.

Ainsi l’artiste devient tout à fait conscient de ses sensations. Dans un sens vraiment concret la nature pense au travers de lui ou d’elle comme le disait Cézanne. L’artiste, le vrai artiste, ne s’attache pas au contenu dans ses pensées. Il ou elle devient conscient des processus intérieurs et les raffine ou les définit au moyen du médium qu’il a sous la main. Cette personne est en accord avec cette nature qui est tout à la fois intérieure et extérieure : le microcosme et le macrocosme. La pensée continue mais il s’agit d’un autre ordre des choses.

Version en anglais : More Freedom from Content

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