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Mois de juin, 2008

Fourmis artistes

27 juin 2008

Si ce que l’on appelle généralement l’art contemporain réclame la liberté de l’artiste, nous pouvons nous demander si celui-ci parvient vraiment à se libérer ? Aujourd’hui l’animal qui peint est le moins libre de tous les individus. Son seul choix est de décider vers lequel des plus récents zeitgeists (les esprits du temps) il doit, tout au moins temporairement, se conformer. Oui, à beaucoup d’égards, l’artiste peintre est un animal comme tout le monde. Mais nous devons remarquer qu’il (ou qu’elle) est en contact avec des forces naturelles d’un ordre supérieur. La société oublie ce simple fait à ses risques et périls.

Je crois que beaucoup de gens seront d’accord pour dire que nous sommes des animaux doués de la parole mais si on leur demande ce qu’est en vérité cet attribut essentiel, vous verrez émerger de fortes différences d’opinions à ce sujet. Pourtant beaucoup vous diront que nos capacités intellectuelles et de raisonnement ne sont que du perfectionnement d’habitudes ancestrales. Ces mêmes personnes pensent aussi que l’art n’est qu’un sac à malices utilisé par des gens rusés. Si ils arrivaient à voir le raisonnement aussi bien que l’art comme un don inexplicable provenant peut-être d’un dieu ou d’ailleurs, alors l’art et la raison retrouveraient leur valeur. Et si l’on n’attribue pas de valeur à l’art et à la raison, il s’en suit que la vie n’a pas, elle aussi, de valeur.

Selon moi, l’art, comme la vie est strictement un jeu pour lequel on est bon ou médiocre. Et quand on insinue qu’il y a un principe de progrès à l’œuvre, on invoque alors des normes d’éthique. Cela conduit souvent la société à soutenir les plus astucieux et à permettre que les véritables artistes meurent de faim. Je crois que la pensée du moraliste n’est jamais suffisamment universelle. Les questions posées au sujet de l’art sont étroitement liées à la question de savoir comment l’homme devrait vivre. Et si l’artiste ne peut pas utiliser sa liberté de choix, la question de savoir comment l’homme devrait vivre devient aussi intéressante ou aussi inintéressante que celle de savoir comment les fourmis devraient vivre. A partir de ce moment nous aurions un monde habité par des fourmis artistes.

Version en anglais : Artistic Ants

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