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Peindre et voir en grand

J’avais beaucoup à réfléchir durant mes marches sur les plages normandes le mois dernier. Depuis longtemps, j’ai regardé de près notre tissu culturel. Aussi je n’ai pas besoin d’expliquer qu’il y avait pas mal de nouveautés à cet égard. Mais l’automne à toujours été pour moi une période d’introspection personnelle. J’ai bon espoir que les efforts faits cette année ont été perspicaces et m’apporteront la sagesse dont j’ai grand besoin. La reconnaissance de ce besoin semble venir avec l’âge, espérons le tout du moins. Concrètement cela implique le besoin continuel de redéfinir l’objet de ma recherche. Il semble que la voix de la créativité devient de plus en plus claire.

Joyce traite en profondeur de plusieurs facettes de la créativité dans « Portrait de l’artiste en jeune homme ». Henry Thoreau répète et insiste : « Simplifier, simplifier, simplifier ! Je le dis, laissez vos affaires comme deux ou trois, et non pas une centaine de mille, au lieu d’un million de compter une demi-douzaine, et tenir vos comptes sur votre ongle du pouce.» L’excès des détails nous sépare, non seulement du monde qui nous entoure, mais aussi de la compréhension de soi et de tous les efforts créatifs que faisons par la suite.

Retournons sur la plage. Cette année, ma difficulté à écrire et en particulier à écrire pour ce blog m’est devenue de plus en plus évidente. Pendant de nombreuses années, j’ai résolu le problème de l’écrit en n’écrivant rien : problème disparu ! J’ai décidé  de laisser ma peinture parler à ma place et de me taire. Je me demande parfois si je n’aurai pas du continuer à me taire. Il me suffisait d’avoir quelques amis proches avec lesquels je puisse parler. Les considérations théoriques plus profondes ont leur propre place et j’ai compris depuis longtemps mes limites pour m’exprimer adéquatement dans ces sujets.

Revenons à la question en cours, est-ce que je continue l’effort de me trouver une « voix » par l’intermédiaire de ce blog ? Il me semble que j’ai du travail à faire dans ce domaine. Tout d’abord, il n’a pas été facile de comprendre qui me lit car il y a eu très peu de réponses. Il est vrai que je ne les ai pas vraiment encouragées. Je sens que j’ai eu une tendance à tout simplement écrire quelque chose pour écrire quelque chose comme c’est parfois très souvent le cas.

Cette année, j’ai passé un temps considérable pour améliorer mes compétences dans le domaine de la photographie digitale. J’hésite à le mentionner car alors la question évidente est posée : « Est-ce que vous peignez à partir de, ou utilisez vous des photographies pour vos peintures ? » Dans mon esprit les deux activités sont bien séparées et différentes mais, ceci étant dit, tout ce que vous faites de façon intense vous affecte. L’expérience est toujours plus ou moins une relation réciproque. Ma photographie et ma peinture, quoique connectées restent indépendantes. Je suis désolé de me répéter mais c’est comme : être dans le monde mais pas de ce monde.

En référence à la photographie, je citerais encore le livre « Sur la photographie. » de Susan Sontag. Elle y décrit la nécessité d’avoir une écologie d’images. Voici pourquoi : Si quelqu’un veut contrôler votre vision du monde, il contrôle ce que vous pensez de vous-même. Le seul domaine de nos jours où la pensée et la réflexion sont autorisées à spéculer en dehors du domaine scientifique est quand on tourne son attention vers le « moi ». On ne peut pas devenir un objet pour soi, aussi dans ce domaine on peut spéculer de tout notre cœur.

J’ai possédé mon premier appareil photo à 13 ans. Et prendre de photographies m’a, je le crois, beaucoup aidé à devenir un penseur. Et quand à m’aider dans ma peinture, cela m’a aidé à comprendre comment les choses apparaissent quand elles sont photographiées dans le contexte de la syntaxe et de la grammaire propres à la photographie. La peinture, elle, est une traduction d’une sensation en directe communication avec la nature dans de la peinture sur une surface à deux dimensions. C’est, dit plus clairement, voir en grand. Je devrais ajouter que ce n’est certes pas la seule voie pour voir en grand mais pour beaucoup c’est une béquille bien utile. Tout ce qui nous permet, d’une façon saine, de se départir de la normalité imposée et d’y jeter un second coup d’œil est utile.

Version en anglais : Painting and seeing the big picture

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