Vers une approche personnelle de la peinture
Dans mon dernier article, j’ai essayé d’apporter des idées sur ce qu’est la peinture par rapport à la photographie. Ces réflexions s’appliquent directement à ce que je voudrais exprimer dans cet article.
Avant de toucher un pinceau, mon mode de préparation est resté le même pour la plupart de mes peintures et ceci depuis de nombreuses années. Beaucoup de peintres utilisent cette approche que l’on peut qualifier de : « se préparer comme une tortue et peindre comme un lapin ». Le temps effectivement passé à peindre est bref si on le compare au temps pris par la préparation. Ceci était bien sûr la voie de la tradition. Quand la technologie par le moyen du tube de peinture a permis de peindre directement alla prima en plein air, beaucoup de peintres ont suivi cette direction. Sans vouloir entrer dans les détails, je voudrais dire que je pense que ce qui en a résulté est une perte importante de l’appréciation de la valeur qu’il y a à digérer mentalement la peinture, et, avant tout à absorber ces premières sensations qui ont soulevé l’intérêt.
Et bien, nous y voilà. Nous avons besoin de prendre un peu de temps pour en parler. C’est crucial. Traditionnellement, les chinois étaient profondément tournés vers la nature. Ils l’étudiaient pendant des heures et des heures mais ils ne prenaient jamais le pinceau à l’extérieur. La peinture en plein air n’existait pas pour eux. Ils ne travaillaient pas sur le motif : pas du tout. Ils ne faisaient que se pénétrer des choses.
J’ai toujours eu énormément de respect pour la pensée orientale. J’ai connu quelques peintres chinois et j’ai essayé de comprendre ce que les grands peintres pensaient de leur approche de la peinture. Je ne veux pas me laisser enfermer dans une discussion théorique. Principalement et même si c’était possible d’expliquer ce qui se passe dans l’esprit d’un artiste avant qu’il peigne (ce qui ne l’est pas), je ne pense pas que cela nous aiderait obligatoirement à être de meilleurs peintres. Mais il y a là-dessus un ou deux points valides à faire : Premièrement il y a l’art Zen de l’incident contrôlé. Les maîtres soutiennent que parler de ce qui se passe alors est inutile mais par contre ils reconnaissent qu’il existe un ordre, et ceci est le deuxième point : il existe une sorte de motif biologique dans les choses qui sont considérées comme agréables, un exemple d’un tel motif pouvant être celui que l’on trouve dans des beaux morceaux de jade.
Peut-on qualifier de concept les deux points ci-dessus? Ils posent à mon avis les paramètres de l’activité créatrice. En peinture, il est toujours possible de jouer un jeu personnel en accord avec ces deux facteurs. Nous sommes passivement réceptifs face au déroulement, à l’ordre des choses mais par ailleurs nous intervenons de façon active. Ces deux façons d’agir jouent l’une contre l’autre dans un mystérieux ballet que peu comprennent. Et c’est à ce point que nous pouvons distinguer la différence importante qu’il y a entre la peinture et la photographie ? Suzan Sontag explique comment le photographe effectivement « prend » une photographie. Elle explique aussi longuement comment le fait de montrer les images photographiques au public peut intervenir de manière agressive sur ce que les gens pensent du sujet en présence mais ceci est une autre histoire.
Ainsi ces deux procédés : la peinture et la photographie sont radicalement différents l’un de l’autre. Cela revient à comparer des pommes avec des oranges. La peinture comme la photographie traitent d’images sur une surface à deux dimensions : Dire quelque chose de plus n’a vraiment aucun sens. Je devrais ajouter que ceci n’est bien sûr que mon humble opinion. Je pense que tout ce que j’ai lu provenant des avis autorisés (avis des critiques) sur le naturalisme et le réalisme en peinture est du grand n’importe quoi.
Ici, je me suis grandement écarté du sujet de ma propre approche de ma peinture pour me préparer à en dire plus. Disons que nous devons avant tout ne pas nous précipiter aveuglément dans la peinture sinon cela revient à un jeté de dés. En même temps, à trop intellectualiser, on ôte toute vie à la peinture.
Quand je suis dehors et au travail, en possession d’un carnet d’esquisses, d’un appareil photographique ou des deux, je suis à peu près dans un état Zen de plénitude. J’ai beaucoup peint directement d’après nature et je le fais encore. Maintenant, pour la plus grande part je me contente simplement d’observer les sensations que je reçois. Quand quelque chose retient mon intérêt mon premier souci est d’en prendre note ! et de l’absorber le plus possible. C’est la façon de faire des maîtres chinois. Si j’ai un appareil photographique, une photo me servira comme aide mémoire. Le fait de prendre une photo n’interrompt pas mon état de réceptivité. Je veux mettre l’accent sur le fait que je ne saute pas sur des idées ou des pensées au sujet d’une peinture. Il s’agit simplement d’une expérience de la nature avec une admiration qui apprécie hautement les sensations en jeu. Les questions et les réflexions plus profondes viennent plus tard. La reconnaissance de l’intérêt est la première phase de l’intervention. Si j’ai bien observé les sensations alors j’ai fait un grand pas vers la connaissance de ce qu’étaient les impressions reliées : c’est le point clé, je ne recherche pas les idées. Les impressions sont la clé du processus dans sa totalité. Comment je transmets ces impressions ? Cette question est pour moi celle qui est le souci principal de la bonne technique de la peinture.
Version en anglais : Towards a Personal Painting Approach
30 janvier 2009 a 5:57
Ce sont des articles de Denis qui m’ont inspiré cet article
4 octobre 2009 a 0:51
Bravo pour l’article !