Désir du peintre

«Spring Meadow», huile sur contre-collé préparé spécialement pour l’huile, 20cm x 16cm, 2009
Quelles sont les conséquences des aspirations du peintre ? Et qu’en est-il des motivations qui le conduisent aux perceptions et à l’exécution d’une œuvre en particulier? A quel moment la certitude et le sentiment de détermination surviennent ?
En se posant ce genre de questions, on se rend compte qu’il est impossible de séparer le peintre de la vie. La vie des peintres, leurs pensées et idées, ce qu’ils ont mangé au petit déjeuner etc., tout cela vient en premier. La technique et le style sont des problèmes secondaires.
Un peintre arrive au moment de faire un coup de pinceau comme une conséquence de sa vie. Le passé qui constitue cette vie s’engage de lui-même dans la touche. Si le peintre est en accord avec lui-même chacun de ses coups de pinceau contribue à faire de sa peinture une expression parfaite. C’est-à-dire que nous avons là quelque chose qui est vu et ressenti comme un tout.
Il semble étrange d’écrire tout ça. Cela n’est-il pas évident ? Hé bien non. C’est systématiquement négligé et incompris même si il apparaît que tout cela a été discuté en profondeur.
L’évidence n’est pas comprise simplement dans le contexte du lien avec nos vies. A la question : Pourquoi interroger la vie ? Ray Bradbury dans les « Chroniques martiennes (Martian Chronicles) » écrit « La vie est sa propre réponse ». Je suggère par là que nous confondons le plus souvent le conteneur et son contenu. Quand on en arrive à la créativité cette distinction apparemment subtile est d’une importance capitale.
Comment l’idée parvient-elle dans l’esprit du peintre est une question complexe. Que l’idée vienne avant la technique devrait cependant être évident pour un observateur sensible. On peut constater un souci excessif vis-à-vis de la technique, du matériel et du style dans les œuvres contemporaines qui sont accrochées aux murs des musées.
Le peintre qui a le souci de creuser en dessous de la surface des choses sous-entend des dimensions qui dépassent ces trois considérations prosaïques. J’affirme avec force que ceci est le chemin vers un sens plus profond. Le peintre invente les techniques nécessaires quand le besoin s’en fait sentir au cours de sa recherche. Ceci suppose que des décisions soient faites instantanément durant des instants fugitifs. Ce n’est ni une technique de travail ni un style acquis. Ce n’est rien de moins que la création d’une technique juste au bon moment.
Maintenant ce n’est pas une chose au hasard et facilement obtenue. La création d’une technique est le résultat d’une personne qui est impliquée à fond dans le processus et l’ordre biologique en cause. Quand on en vient à l’essentiel de ce qu’est l’art on trouve que c’est un dévouement sans faille envers la compréhension de cet ordre. C’est en étudiant les liens, les valeurs relatives et l’ordre fondamental du monde qui nous entoure que l’on prend la mesure de la loi biologique. Bien que ce soit difficile, c’est la seule façon de parvenir à un niveau raffiné de goût et de jugement. S’engager dans ce chemin par amour des choses bien faites est un prix que l’on se réjouit de payer. La récompense est une profonde appréciation de la simplicité et de l’ordre et également d’une bonne santé. Beaucoup de peintres ont vécu une vie longue et fructueuse dans la poursuite de leur art. La plupart de leurs meilleurs travaux a été réalisé tard dans leur vie. La vie et l’art SONT intimement reliés et quand on désire profondément l’un, on en vient à obtenir les deux. C’est amusant de voir comme c’est tout simple. Simple, mais pas facile !
Je ne suis pas sûr de me rappeler quand j’ai lu le livre «The Art Spirit » de Robert Henri pour la première fois : peut-être y a-t-il une quarantaine d’années. Cet être humain et artiste extraordinaire s’est déplacé plusieurs fois entre Paris et New York à la fin du 19ème et début du 20ème siècles. Le livre est une compilation de notes et de lettres pour ces cours aux étudiants de l’ « Art Students League » à New York. Il fut un remarquable enseignant et c’est vraiment un livre remarquable. Très fortement recommandé ! J’ai des dettes envers cet apôtre de l’Art pour ma direction dans la vie et pour beaucoup des idées qui sont exprimées ici.
Version en anglais : The Painter’s Desire