L’artiste est un exclu dégénéré
De nos jours, en fait depuis bien longtemps déjà, vous devez avoir la peau dure quand vous poursuivez un chemin d’artiste peintre. Depuis que les artistes ont été relégués au statut de travailleurs, c’est en tant qu’artisans qu’ils sont estimés, et ceci jusqu’à récemment. Bien sûr il y a aussi toujours eu la poignée des sélectionnés qui sont avides de recueillir des lauriers.
D’accord, je commence à ronchonner. Je sais bien que cette situation n’est pas nouvelle. Depuis Platon l’artiste, le peintre a joué un rôle marginal. Mais au moins il avait un certain rôle en tant que marginal. Même considéré comme un artisan, il avait un rôle dans la société, et sans doute un rôle beaucoup plus sain que celui d’exclu.
Il y a quelques jours je suis tombé sur une traduction anglaise d’un important discours qu’Aude de Kerros a prononcé au mois de mars 2009 devant l’académie des beaux arts à Paris. Elle y parle du grand jeu de l’Art depuis la seconde guerre mondiale. Je vous recommande de lire ce texte. Alors j’espère que vous comprendrez que ce qui est dit au sujet de cette période s’applique aussi bien aux périodes antérieures et ceci au moins depuis Platon. Courbet a été emprisonné et s’est ensuite enfui hors de la France. Les enfants d’un village ont jeté des pierres à Cézanne, etc. Et je ne parle pas de tous les artistes inconnus qui sont morts de faim dans leurs mansardes.
Ce que je trouve particulièrement intéressant dans ce texte est qu’il insinue qu’il est entrain de se produire un grand changement dans le commerce de l’art. Il semblerait que l’éclatement de la bulle financière a perturbé les réseaux des good old boys qui ont eu la main sur les affaires artistiques à l’échelle globale. Il suggèrerait que l’art serait en train de se démocratiser. Imaginez cela, si cela arrivait et si vous êtes un artiste, vous ne seriez pas forcément un exclu dégénéré !
Version en anglais : The Artist as a Degenerate Outcast
8 janvier 2010 a 12:19
comment vous réconforter ? Bien que pas spécialement camusienne, mais Camus est à la mode ces temps-ci, je vous propose de (re)lire son discours à l’académie Nobel en 1957, vous allez surement y trouver des points communs
http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1489