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L’art peut-il se vendre?

12 février 2014

Date: 7 février 2014 Auteur: jean paul Galibert
Reblog du site de Jean Paul Galibert (qui n’est plus accessible au public)

S’il existe, comme disait Aristote, un plaisir des yeux, qui soit proprement humain, à qui appartient-il ? Peut-il même être l’objet d’une propriété, ou bien est-il par nature commun et gratuit, aussi inappropriable[1] que l’homme même ? Au fond, le commerce des œuvres est-il plus licite que le commerce des hommes ? Peut-il y avoir un « marché de l’art » sans une double dénaturation, aussi obscène et dangereuse pour l’art que pour l’humanité ? Dès que l’art est marchandise, il devient l’apanage des plus riches, leur parure, et très vite la raison la plus apparente de leur domination. Faste, éclat, prestige, folle dépense, générosité sans mesure : tous les puissants ont voulu faire de l’art l’évidence même de leur puissance. Quel grand dirigeant n’a pas demandé à l’art l’élégance de sa mise, la mémoire de ses exploits, le monument de son ambition ? Quel richissime a su se contenter de ses biens sans réclamer l’image, la mélodie, le spectacle de sa richesse ? Si l’art est privé, tous les hommes en sont privés.

[1] Le mot est de Nancy, dans Le poids d’une pensée. L’approche, paru aux éditions de la Phocide 2009.

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