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L’ARTISTE ET L’ART

Être peintre et photographe

2 février 2012

Pendant 50 ans, j’ai partagé mes efforts entre peinture et photographie. Si l’on regarde l’histoire de la photographie, on peut soutenir que cela a été introduit par les impressionnistes. Ils étaient bien au courant de la photographie. Degas prenait des photos. Leur première exposition s’est faite dans le studio de Nadar, etc. … Presque tous ces peintres étaient directement impliqués dans la photographie. Un petit peu plus en arrière dans l’histoire, on sait que Courbet a travaillé occasionnellement à partir de photographies. C’est alors que les questions des questions peuvent se poser :

Pourquoi continue-t-on à insister que photographie et peinture restent séparées encore de nos jours ?

Ne peut-on, dans notre supposée civilisation, reconnaître qu’un artiste visuel peut faire les deux ?

Je me souviens très bien d’une rencontre avec une femme quelques années après mon arrivée en France. Je me promenais avec ma camera. Cette femme m’harangua, voulant savoir si j’étais bien le peintre. J’acquiesçais et alors elle se mit à m’agresser verbalement parce que je prenais des photographies (non sans blague ?!). Je parle de la France mais je me suis aussi trouvé en face de cette façon de penser aux USA. Pourtant nous sommes amenés aujourd’hui à apprécier la peinture photo-réaliste. Ce n’est de mon point de vue qu’une forme banale de peinture qui perd la représentation visuelle de la lumière telle que nous la voyons : pas photographiquement mais telle qu’on la VOIT et non pas comme un appareil analogique ou digital l’enregistre et nous ne réussissons pas à apprécier la différence qui n’est pourtant pas particulièrement subtile.

Photographie et peinture ne sont que les deux facettes d’un même problème. Tout ça pour dire qu’elles sont toutes deux des moyens de comprendre la perception.

En passant à un registre plus léger, nous pouvons voir que nous sommes en train de faire l’expérience d’un changement d’une rapidité sans précédent. Toutes les routes mènent à Rome et bien entendu aux grecs. Au fur et à mesure que nous évoluons en tant que groupe social, nous les êtres humains restons suspendus au bord de la prochaine étape de notre évolution. Allons y !

Version en anglais : Being a Painter/Photographer

Peinture et photographie : Deuxième partie

28 novembre 2011

Dans un billet précédent, je me suis demandé si un
peintre pouvait aussi être un photographe. Depuis, la recherche d’une maison dans toute la France, le déménagement, la rénovation, l’organisation etc. Cela a été un long arrêt pour mon état contemplatif habituel. Après quelques mois de retour sur mon chemin, j’ai eu une profonde intuition. A un certain moment j’ai fondamentalement et radicalement transformé mon travail, mon art et ma santé.

Je pense que de nos jours c’est vers l’art que convergent nos plus pressantes questions et problèmes. Ceci suggère quelque chose de différent du monde des affaires habituel. Il est inutile de souligner qu’un grand nombre de peintres, de photographes, de graphistes, etc. doivent se battre pour s’en sortir et souffrent. C’est aussi le cas de bon nombre de nos semblables.

Nous travaillons tous avec un état d’esprit qui a été façonné durant des millénaires. Et que ce soit cette façon de penser qui nous conduit dans une dangereuse direction est désormais sans conteste. Nous avons un problème technique dans notre façon d’être. Vous pouvez certes ne pas y croire mais je peux simplement vous suggérer d’ouvrir votre esprit à cette possibilité. Ce qui suit n’est que spéculation sur comment un esprit libre des entraves du passé pourrait aborder le travail créatif.

Ce que Wyndham Lewis appelle « Le démon du progrès dans l’art », livre publié en 1955, rend les choses plus compliquées. Wyndham Lewis est peut-être un peu trop véhément pour beaucoup mais si vous pouvez trouver un exemplaire de ce livre, vous y trouverez une analyse intéressante faite par quelqu’un qui a été plongé dans le monde des arts pendant plus d’un demi siècle.

J’ai lu la plupart de ce que Wyndham Lewis a écrit pendant sa longue vie féconde. Ayant été présent dans les tranchées de la première guerre mondiale, il été passionnément préoccupé par l’humanité. Pour ceux d’entre vous qui connaissent Saul Bellow, je puis vous dire que ce dernier en était un ardent fidèle de Lewis.

En tous cas, voilà ce qu’il en est, il semble logique de lire ce que les experts ont à dire. Beaucoup parmi eux sont intéressants à lire. Il y a beaucoup de bonnes idées à y puiser. Au bout du compte cependant, il ne reste que cela : des idées. Depuis longtemps il m’est apparu que si les idées et les bonnes intentions résolvaient les problèmes, nous n’en aurions beaucoup moins. Le même scénario se reproduit depuis des centaines de milliers d’années. Il semble que nous ayons pris un mauvais chemin très tôt dans notre évolution. Il apparaît que ce n’est ni économiquement faisable ni rationnel de continuer dans la même vieille routine.

J’étais un membre de la Beat Generation des années 50. Observer et participer dans l’éclosion des idées de Peace and Love qui ont suivi m’ont conduit sur ma voie. L’espoir de communiquer ce que j’en ai appris m’a poursuivi continuellement depuis. Il m’est profondément triste de voir dans quel état nous laissons le monde pour les jeunes générations. Le tout avec les meilleures intentions : n’est-ce pas ? Ceux d’entre nous qui ont pu éviter la moulinette des longues heures de travail sans âme et qui on pu réfléchir librement et pleinement ont une obligation particulière. Rester fixé dans les vieux modes de comportement n’est pas possible. La plupart d’entre nous sont intelligents, bien éduqués, cultivés et suffisamment doués pour ne pas être influencés par l’esprit du temps. Cela n’a pas été suffisant. Nous avançons très lentement. Peut-être de quelques millimètres. Aucune des vieilles solutions n’a marché. Elles proviennent toutes d’un esprit qui essentiellement n’est capable que d’engendrer des idées, des pensées etc. qui ne sont fondées que sur le passé déjà mort et sur un futur imaginé. Si on arrête de faire ainsi, un miracle pourrait se produire. C’est très simple mais loin d’être facile. La plupart diront que c’est impossible. Hé bien, moi, j’affirme que cela est possible. Pensez à ceci : si cela n’est pas possible, la vie sur notre planète n’est qu’une cruelle plaisanterie.

Vous demandez certes ce que tout cela a à voir avec la peinture et la photographie ? Hé bien je soupçonne un étroit rapport avec la perception. Je suis un vieux renard et si je peux changer profondément ma santé et ma façon de penser et de voir, je suis sûr que d’autres aussi le font.

Version en anglais : Painting & Photography Part II

L’ordre caché en peinture

27 mai 2011

Sur ce blog, j’ai fait le tour du sujet. L’approche de la muse n’est pas cependant un chemin qui peut être repéré par des mots ou délimité avec des poteaux indicateurs. Et pourtant je continue à écrire des articles comme si ce n’était pas le cas.

Rex Brandt a dit: « Nous ne peignons pas des choses, nous peignons des relations. » Dans une certaine mesure, cela est vrai. Si seulement cela pouvait être aussi simple ! Des phrases comme celle-ci semblent intellectuellement rassurantes et on peut facilement en perdre le contexte. Rex était avant tout préoccupé par son médium qui était la peinture à l’aquarelle. Je fais remarquer cela en tant qu’exemple permettant de montrer comment on peut aisément compromettre un message avec une indication exprimée en termes catégoriques.

Delacroix a dit quelque chose qui permet d’aborder ce que je tente de communiquer. Il a dit que le problème avec de nombreux peintres était qu’ils utilisaient la coloration plutôt que la couleur. Il impliquait qu’ils n’étaient pas complètement attachés à la couleur et à leur médium.

Si nous disons que nous ne peignons pas des choses mais que nous peignons des relations au moyen d’un médium de couleur. Je crois que l’on se rapproche du cœur de notre problème en tant qu’artistes peintre. Je devrais ajouter que pour peindre des relations, nous devons devenir profondément engagés dans l’expérience initiale. Cette toute première impression qui frappe très fort et déclenche le processus a besoin de beaucoup de soins. Si l’on a cela en tête pendant une période de temps suffisamment longue, il est possible que la muse vienne à nous quand nous peignons. C’est la relation primordiale.

Version en anglais : The Hidden Order of Painting

Commentaire et réponse sur « La vérité du peintre »

9 décembre 2010

Anne dit:

Le vrai, ou est-il ? La vérité, qu’elle est-elle?
Vaste question en effet.
Le vrai n’est-il pas déjà subjectif ?
Physiquement, il dépend du point de vue.
Pour exemple, une photo est-elle une vraie représentation de la réalité ? Elle est plutôt la vision qu’a voulu en donner le photographe en ne mettant pas la poubelle qui est juste hors champ. La notion de champ/hors champ est déjà une interprétation volontaire ou pas du « vrai ».
Psychologiquement, le vrai est encore plus subjectif ?
Deux personnes vont vivre de façon très différente une situation. Et pourtant cette expérience est une (dans le sens unique) et donc à priori n’a qu’une seule vérité.
Cela me fait penser à la vérité factuelle. A près tout, un fait est un fait, incontestable, avéré.
Mais pourtant, en histoire, la vérité historique basée sur des faits réels est en constante évolution. En science, la vérité du moment ne sera pas celle de demain. La découverte d’une nouvelle « vérité scientifique » va bouleverser le vrai.
Je pense qu’il faut se poser la question de la vérité que l’on accepte : sa vérité, celle de sa famille, de sa « tribu », de ses collègues, de sa culture, de son époque.
En ce qui concerne l’art, avec mes faibles connaissances en ce domaine, je pense que l’essentiel est que l’artiste respecte sa vérité, son vrai à lui de l’instant ou il crée. (donc « sois vrai envers toi-même »)
Je suis d’accord avec Corot sur la vérité de la première impression.
On en revient finalement la plupart du temps à notre première impression des gens, du paysage, de notre assiette (ici visuelle), de notre futur logement, de son travail, de l’oeuvre que l’on regarde.

Réponse de Denis :

Merci Anne pour vos profondes remarques.

Voici la chose qui compte pour moi. Je crois que ce que nous voyons et ce que nous pensons au sujet de ce qu’est l’experience est important. Nous en venons à comprendre ce que les mots que nous utilisons pour décrire et expliquer les choses représentent. Quand ils en arrivent au point de devenir des abstractions, nous leur donnons un point de vue. Dans ce contexte, ce ne sont pas les choses que nous connaissons qui créent le problème … ce sont les choses que nous savons et qui ne sont pas exactes. Une mauvaise compréhension de la pensèe abstraite ou des mots abstraits à ces problèmes (J’en dirais plus à ce sujet dans un prochain article.) . L’Art consiste en grande partie en une bonne compréhension de la tradition en peinture et à résoudre des problèmes et non pas dans la poursuite d’abstractions telles que notre compréhension courante du mot « vérité ».

Comme tu le vois, Anne, je suis court dans mes réponses et long dans mes questions. J’ai confiance que ce que j’étudie et que mon intuition me conduisent vers les bonnes réponses. Ceci, je le pense est le chemin du peintre.

Salut, Denis.

Version en anglais : Comment and Answer : The Truth of the Painter

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