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L’ARTISTE ET L’ART

Merveilleuses expériences des yeux de l’esprit

31 mars 2010

Tim
“Tim avec reflets sur la vitrine”, Leica M8, 35 mm, Summicron, 2010/03/22

L’expérience de la Vie Visuelle se distille en une sorte d’essence à un certain point de son processus. Il reste quelque chose : certes pas une réflexion mentale mais la mémoire de ce qui a été vu ou le lien entre tout ce qui est maintenant du passé.

Par chance, la perception d’une sensation de rayonnement et de chaleur survient de temps en temps au cours d’une vie. Le temps s’arrête et l’Univers tout entier nous chante un chant merveilleux. Le temps passe. La plupart du rayonnement diminue. Mais l’émerveillement de l’essence qui en reste peut durer toute une vie.

Ces expériences, les expériences visuelles tout comme les expériences de moments magiques sont je le pense de même nature. la plupart d’entre nous les ont. Certains d’entre nous y attachent beaucoup d’importance. Beaucoup d’autres ne s’en rendent simplement pas compte. Quelqu’un a dit récemment qu’un monde sans Art ressemblerait à un parking. C’est tout à fait vrai. J’ajouterai à cela que la vie sans l’âme de l’expérience serait comme le ciment qui recouvre le sol de ce parking.

Tout ce que je viens de dire provient des réflexions que j’ai eues après une conversation téléphonique avec un très bon ami cette nuit. Nous avons parlé de la compréhesion de la vie, de la santé, de la vente d’un appartement, des relations humaines, de l’accent porté sur les techniques aujourd’hui en peinture, de l’amitié et bien d’autre choses encore. Vous vous demandez pourquoi je parle de manière si décousue ? J’ai peur que je doive vous répondre avec une question : « Est-ce que vous liriez cet article si c’était un poème » ? Il me semble que les choses étaient bien différentes du temps où la poésie faisait partie intégrante de nos vies. Les mots avaient un sens plus profond, Les peintures et les photographies avaient un sens plus profond. Nos vies avaient un sens plus profond. Le monde n’était pas en train de devenir un vaste parking.

Récupérer les mots utilisés tous les jours dans la rue pour fabriquer ce ciment est important, n’est-ce pas?

Version en anglais : Wonderful Experiences in the Mind Eyes

Un peintre peut-il aussi être un photographe ?

29 mars 2010

«Deux canards dans la mare», sur le Doubs, Leica M8, 35 mm, Summicron, 22/03/2010
«Deux canards dans la mare», sur le Doubs, Leica M8, 35 mm, Summicron, 22/03/2010

Ce n’est pas mon intention de poser une question rhétorique. Mais à la question apparemment inévitable : « Que faites-vous ? » (hé oui, aussi en France!) ma réponse est désormais : « je suis peintre mais aussi photographe ». Aussi je pense que la vraie question est plutôt : « Peut-on aujourd’hui être un généraliste ? » Je vais revenir un peu en arrière dans le temps, disons environ 50 ans plus tôt. A cette époque je consacrais la majorité de mon effort créatif dans la compréhension et la pratique de la peinture. Il est certain que je passais le plus de temps à comprendre : beaucoup d’étude et de réflexion. Quand je trouvais clarté et limpidité, le fait de peindre était relativement facile. Ceci bien entendu après des années passées à étudier et à comprendre comment les pigments se comportent sur les divers médiums etc. Cependant les doutes ont persisté avec chaque effort. La peinture est de nos jours vraiment très difficile si vous l’abordez consciencieusement et sincèrement. Quant-à la photographie, elle a été pour moi comme un souffle d’air frais. Elle est devenue peut-être une réponse créative depuis un temps relativement très court : le temps d’un simple clignement de paupière par rapport à la période de l’histoire. Elle s’adresse directement au monde contemporain. En fait, elle a été inventée tout juste hier: il y a un peu plus de 150 ans. Et nous avons des peintures rupestres qui sont datées d’il y a environ 30000 ans. En l’occurrence, on ne parle pas de la même chose.

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L’esprit pionier de l’ art

28 février 2010

Mon enfance sur la Côte Ouest des USA m’a donné le sens de l’importance du rôle de l’esprit pionier dans l’art. Je ne suis pas du tout certain qu’une traduction ou qu’une explication de cette attitude est possible. Mais c’est ce qui a fait que l’art de San Francisco est si dramaticalement différent de celui de New York. Peut-être est-ce parce que la côte ouest était en quelque sorte libre à cette époque des forces du marché dans l’art prestigieux de la Côte Est et bien sûr aussi du reste du monde. Au moins c’était le cas il y a 40 ou 50 ans. La pensée critique n’y était pas dérangée.

Quand cet aspect des choses commença à changer rapidement, un déménagement s’imposa. La Côte Est était hors de question. Il n’y avait beaucoup d’eau qu’à l’ouest. J’ai déménagé vers le nord. Une vie presque nomadique qui s’arrêta avec mon arrivée en France il y a 16 ans suivit. Une fois de plus il est maintenant temps de déménager. Espérons que cela sera la dernière fois.

Mes années de formation se sont passées dans la campagne du nord est de la Californie près des montagnes de la Sierra Nevada. J’attends avec impatience de vivre dans un petit village français. Il s’agit en quelque sorte d’un retour aux sources.

Version en anglais : The Pioneer Spirit of Art

L’artiste est un exclu dégénéré

16 décembre 2009

De nos jours, en fait depuis bien longtemps déjà, vous devez avoir la peau dure quand vous poursuivez un chemin d’artiste peintre. Depuis que les artistes ont été relégués au statut de travailleurs, c’est en tant qu’artisans qu’ils sont estimés, et ceci jusqu’à récemment. Bien sûr il y a aussi toujours eu la poignée des sélectionnés qui sont avides de recueillir des lauriers.

D’accord, je commence à ronchonner. Je sais bien que cette situation n’est pas nouvelle. Depuis Platon l’artiste, le peintre a joué un rôle marginal. Mais au moins il avait un certain rôle en tant que marginal. Même considéré comme un artisan, il avait un rôle dans la société, et sans doute un rôle beaucoup plus sain que celui d’exclu.

Il y a quelques jours je suis tombé sur une traduction anglaise d’un important discours qu’Aude de Kerros a prononcé au mois de mars 2009 devant l’académie des beaux arts à Paris. Elle y parle du grand jeu de l’Art depuis la seconde guerre mondiale. Je vous recommande de lire ce texte. Alors j’espère que vous comprendrez que ce qui est dit au sujet de cette période s’applique aussi bien aux périodes antérieures et ceci au moins depuis Platon. Courbet a été emprisonné et s’est ensuite enfui hors de la France. Les enfants d’un village ont jeté des pierres à Cézanne, etc. Et je ne parle pas de tous les artistes inconnus qui sont morts de faim dans leurs mansardes.

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans ce texte est qu’il insinue qu’il est entrain de se produire un grand changement dans le commerce de l’art. Il semblerait que l’éclatement de la bulle financière a perturbé les réseaux des good old boys qui ont eu la main sur les affaires artistiques à l’échelle globale. Il suggèrerait que l’art serait en train de se démocratiser. Imaginez cela, si cela arrivait et si vous êtes un artiste, vous ne seriez pas forcément un exclu dégénéré !

Version en anglais : The Artist as a Degenerate Outcast

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