« Sur la Peinture

L’ARTISTE ET L’ART

Libération vis-à-vis du contenu

7 janvier 2008

«Purple Pool», aquarelle, 38cm x 28cm, papier pur coton, 2005

Sur la page d’entrée vers les galeries dans mon site web il y a une courte introduction qui commence par : « Récemment, j’ai gagné en quelque sorte une certaine distance et de la liberté vis à vis du contenu de la peinture … » J’ai acquis depuis peu de temps ce sentiment de distance. Les peintures que je peins maintenant me parlent. Petit à petit, je commence à comprendre.

Depuis l’aube du modernisme, presque toute l’écriture critique s’est centrée sur la question du déclin de l’art. Qui sont les bons et qui sont les mauvais ? Tant que ce phénomène continuera, la santé de notre culture sera compromise. Il y a beaucoup de choses plus importantes dont nous devrions parler. Et où sont donc passés les gens qui appréciaient vraiment la peinture ? Pour l’artiste peintre d’aujourd’hui se pose le défi supplémentaire de travailler dans le vide. Ces choses viennent à l’esprit car si, en tant qu’artiste peintre nous devons être libérés du contenu de notre peinture, ce sont des considérations importantes.

Récemment, j’ai passé en revue quelques unes de mes anciennes peintures. J’ai sélectionné quelques unes de celles qui ont été peintes durant ces dix ou douze dernières années pour en placer des images sur le site web. Tout en faisant ce tri, je réfléchissais beaucoup au problème du contenu. Les peintures qui ont été produites il y a dix ans ont marqué pour moi un tournant. Avant réussir une peinture était une sorte de combat. Apprendre à peindre est une chose. Ceci est quelque chose de différent. Pour une raison ou une autre vous commencez à vous relâcher et à vous amuser en peignant. Le lien avec les outils, la peinture etc. change et choisir quoi peindre devient plus facile. Tout devient plus facile. Maintenant les questions des questions : Est-ce que ce sentiment de liberté peut arriver à n’importe quel moment ? Est-ce que l’on a à se convaincre soi-même que l’on le mérite ? J’espère bien que non.

Denis

Freedom from Content

Les peintres sont-ils rationnels ?

30 novembre 2007

Dans la mesure où un artiste peintre est intuitif et instinctif, il ne favorise pas ses capacités intellectuelles. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne peut pas s’exprimer de façon logique. Ce n’est tout simplement pas pour lui la priorité. L’expression créative passe souvent en premier.

Le penchant vers la création a conduit notre héritage culturel au long d’un chemin parsemé de roses vers l’ignorance. Tout artiste, et pas seulement l’artiste peintre, n’est pas disposé à débattre avec une police des arts autoproclamée. Il n’en a tout simplement pas le temps. Une raison encore plus importante est que se jeter dans la mêlée serait source de régression sur le plan spirituel. De plus si des vérités éclairées doivent persister, se complaire dans des questions accessoires n’est pas un choix judicieux. La liberté est avant tout un état d’esprit.

S’il est vrai que nous peignons ce que nous sommes, cette conclusion est importante. Seul un artiste peut juger du travail créatif. Nous commençons par juger de notre propre travail. Ce n’est pas une quête rationnelle. Cela demande un état d’âme d’une franche sincérité. Et c’est alors que l’on trouve son moment de vérité et aussi d’humilité.

Version en anglais : Are painters rational?

Peindre l’univers

22 novembre 2007

«Man and Nature», aquarelle, 52cm x 37cm, papier pur coton, 1998.

La singularité de l’avant et des débuts des années 60 dans le mouvement artistique à San Francisco a été … Comment le dire ? Je peux le décrire de cette façon : il est entendu que ceux qui se rappellent des années 60 n’y étaient pas. Le « décor », si cela signifie quelque chose, était une expérience qui vous changeait la vie. Cela transformait les gens. Cela les reliait d’une certaine manière à l’univers tout entier. Ce n’était pas bien sûr l’expérience « hippie » ordinaire. Ce dont je parle est d’une façon exceptionnelle d’appréhender l’expérience intellectuelle et artistique : une poursuite intellectuelle qui était d’une certaine façon distante de la pensée rationnelle et directement tournée vers la vie. Par dessus tout, c’était la liberté …, la liberté d’avoir une compréhension individuelle de notre relation à la vie. Le travail de Jung sur les types psychologiques m’a alors beaucoup aidé dans ce domaine. Vive la différence !

Bien du temps après j’ai commencé à réfléchir sur le rôle de « l’esprit pionnier » dans ce contexte des années 60. Bon, réfléchir n’est sans doute pas le mot correct, j’ai plutôt eu l’intuition que les gens qui furent les premiers ouvriers de ce mouvement étaient infectés par quelque chose. Ce quelque chose a été appelé l’esprit pionnier. Il s’agit d’un changement psychologique subtil dans la relation des gens avec la nature et le monde dans sa totalité : l’univers. Ils ont commencé à se reconnaître comme étant une partie inhérente du tout. Les épreuves et les souffrances leur ont appris à se rapprocher intimement du monde, je dis intimement car en fait ils se sentaient alors comme en faisant partie.

A première vue, que nous fassions partie du monde semble si évident. Mais la culture européenne et par conséquent américaine a été pendant des siècles conditionnée vers une vision égocentrique et antropomorphique du monde. Les pionniers (dont une ou deux générations auparavant s’étaient dirigés dans des chariots vers l’ouest jusqu’à atteindre l’océan pacifique) recherchaient sans aucun doute inconsciemment une nouvelle vision des choses. Et cette nouvelle vision était consciemment engagée dans les débuts de l’avant-garde artistique en Californie.

Les commentaires sur ma peinture sont toujours les bienvenus. La créativité ne survient pas sans rien. Cela néanmoins me paraît surprenant que de nombreux commentaires signalent le manque de personnages dans mes peintures de paysages. Pour moi, il n’y a simplement pas besoin de personnages dans un paysage. Ils y sont déjà. Il n’y a aucune séparation visuelle, intellectuelle ou émotionnelle..

Version en anglais : Painting the Universe

Être en paix : principale règle de l’art

7 novembre 2007

«Matin brumeux-Misty Morning», aquarelle et pastel sec, 38cm x 29cm, papier pur coton, 2007

On a dit que la première règle en peinture est qu’il n’y a aucune règle. Il a été aussi dit qu’une peinture commence par une « idée ». Je pense qu’aucune de ces deux affirmations conflictuelles n’est juste. Je ne dis pas qu’une peinture ne puisse commencer par une idée. Je veux dire que l’idée n’en est pas une partie constitutive. A l’intérieur des limites d’un court article je ne puis que suggérer pourquoi je pense cela. Et même si je pouvais argumenter cette opinion d’une façon convaincante, beaucoup de gens encore ne seraient pas d’accord. Ainsi vont la plupart des convictions populaires fermement ancrées. Je reviendrai pourtant sur ce sujet dans de prochains articles. C’est un sujet d’une importance vitale.

La paix et la quiétude sont absolument des conditions préalables à la création non seulement pour l’artiste peintre mais aussi pour tout artiste. C’est exactement pour cette raison que je crois qu’il est impossible d’enseigner l’art. La sensibilité esthétique n’est pas quelque chose que vous pouvez apprendre. Les sensibilités artistiques sont le résultat naturel de la paix et du calme dans la vie de quelqu’un, calme et paix accompagnées un contact étroit avec la nature.

Vous ne pouvez pas enseigner ça en classe ou dans un stage. C’est impossible. C’est pour cette même raison que « l’on ne chante pas parce que l’on est heureux mais que l’on est heureux parce que l’on chante ».

Si vous êtes l’une des quelques personnes qui lisent réellement cet article je peux seulement vous dire ceci : Ce ne sont pas les choses que vous ne connaissez pas qui dans la vie posent des problèmes, ce sont les choses que vous croyez connaître et qui sont fausses.

Très, très peu de personnes peuvent vraiment saisir l’importance de ce que suis en train de dire. Presque personne n’y parvient car c’est trop simple. Nos esprits ont été trop conditionnés pour chercher à résoudre des problèmes complexes. Pourtant les grands cerveaux parmi nous qui poursuivent des problèmes scientifiques trouvent leurs solutions quand ils se détendent et pensent à autre chose. Cela a été certifié un nombre de fois incalculable. La plupart des découvertes scientifiques surviennent de cette façon.

Si je reviens au problème qui nous préoccupe : celui de la créativité artistique. Trouver l’essence de nos instincts créatifs peut être comme peler un oignon. Nous simplifions nos vies petit à petit. L’instinct pour les émotions positives et le travail créatif est inné. Nous ne pouvons pas le trouver en recherchant dans notre cerveau. Il est dans nos cœurs. Le calme et la paix en est la règle d’or. C’est la seule règle. Il n’y en a pas d’autre.

Version en anglais : Peace: Art’s First Rule

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