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L’ARTISTE ET L’ART

Sur la plage

30 octobre 2007

Mon parcours artistique a pris son chemin de détour annuel depuis le mois dernier. Marcher en long et en large sur une plage de sable normande pendant le mois d’octobre me régénère.

Il semble qu’une grande partie de ma pensée a pour sujet le statut individuel de l’artiste. Comment l’individu peut-il défier le tsunami culturel mondial ?

Le type d’activité consistant à marcher sur une plage ou sur un sentier de montagne, m’a toujours aidé à relativiser. Il me semble que la principale victime de notre emprise technologique est le raisonnement intellectuel. Sans le support d’une intuition délicate et d’une sensibilité esthétique, la pensée rationnelle devient froide et creuse. Nous risquons de permettre que le culte de ce qui est nouveau contrôle nos vies aussi bien individuellement que collectivement.

C’est simple mais pas facile de conserver ce point de vue. C’est certainement vraiment très difficile car je vois que la plupart des gens y compris moi-même ne peuvent y parvenir.

Depuis un ou deux ans, j’ai passé beaucoup de temps à lire ce que les pontifes politiques et sociologues [sic] écrivent. Ils ne disent rien de vraiment différent de ce qu’ils écrivaient il y a 40, 100 ou 200 ans. Le contexte du moment a changé de façon dramatique mais les profondeurs sous-jacentes de nos sociétés n’ont pas évolué. Le changement n’est pas synonyme de progrès du point de vue de l’évolution. Il semble que nous sommes à peu près bloqués depuis bientôt 400 ans.

En tant qu’artistes, nous devons creuser au-delà de la surface des choses. Nous devons nous dégager du train-train de la société. Notre travail est de circonscrire la vérité la plus profonde de la réalité, de l’internaliser et ensuite de l’habiller fe façon symbolique.

Comme je l’ai déjà dit plus haut, c’est simple mais ce n’est pas facile.

A bientôt sur la plage,

Denis

Version en anglaisOn the beach

Suivez votre cœur : achetez la peinture que vous aimez

16 septembre 2007

« L’art contemporain est devenu un moyen de juger si vous êtes à la page mais il n’est pas forcément devenu un signe de bon goût » (http://www.iht.com/articles/2006/11/01/news/entracte.php).

Maintenant, la sagesse vous conseille que si vous voulez investir dans la peinture contemporaine, vous ne devez pas acheter ce que vous aimer. Au contraire, vous devez suivre le chemin qui est suivi par les investisseurs qui sont au courant : vous investissez dans un peintre.

Lire la suite de «Suivez votre cœur : achetez la peinture que vous aimez»

Acheter un artiste : l’autre bout de la gamme de la peinture.

30 août 2007

La peinture chinoise a été pendant longtemps une source d’inspiration pour moi. Mon dernier article avait pour sujet l’impact du néolibéralisme sur les peintres en Chine aujourd’hui. Je parlais d’un bout de la gamme : la production de masse qui à mon avis est détestable. Pour mieux comprendre le néolibéralisme, il nous faut regarder l’autre bout de la gamme : l’élite chinoise gagnante et bouleversante de la peinture contemporaine.

Je pense que ce récent exemple de leur bonne fortune dit tout à ce sujet : lien. Il n’y a pas si longtemps leur peinture qui avait une forte connotation politique était fortement réprimée en Chine. Maintenant, ils sont admis. Si vous ne pouvez pas supprimer le message, achetez le messager. Le néolibéralisme ne garde pas d’otages : vous êtes avec lui ou contre lui.

La province de Sichaum en Chine ouest est en train de bâtir des musées personnels pour 8 artistes (Zhang Xiaogang, Wang Guangyi, Fang Lijun, Yue Minjun, Zhou Chunya, He Duoling, Zhang Peili and Wu Shanzhuan). La province a fourni le terrain et environ 13 million de dollars pour les bâtiments.

Dans les années 90 ces peintres vendaient leurs travaux pour 100$. Maintenant certains artistes vendent des œuvres pour plus de 2 millions de dollars. En peu de temps, ils sont tous devenus millionnaires. C’est un succès à tous points de vue incontestable. Aussi cela incarne la mentalité néolibérale qui consiste à penser sans aucune nuance : tout noir ou tout blanc. En Chine aujourd’hui, vous avez d’une part les peintres des ateliers de la misère qui reçoivent 18 centimes et d’autre part une élite qui obtient plus de 2 millions de dollars pour une peinture. La question que je me pose est celle de ce qui motive ces artistes du haut de gamme ? Est-ce l’argent ? Ou plutôt est-ce que cela est devenu l’argent ? Si vous en avez la curiosité googlez ces artistes et regardez leurs peintures.

Version en anglais : Buy an artist: the other end of the painting spectrum

Défi des ateliers de la misère : chaîne de montage de la peinture artistique

18 août 2007

«Arbre dansant-Dancing Tree», huile sur toile, 65cm x 50cm, août 2007.

Dans le cas où vous l’auriez manqué, il y a environ deux ans, on a attiré l’attention sur l’entreprise d’exportation la plus hors du commun : la peinture artistique ou plus précisément l’art au rabais (voir le lien et encore le lien). Je suis sincèrement heureux que des dizaines de milliers de pauvres peintres chinois aient trouvé un emploi. Je ne suis pas heureux qu’ils doivent le faire pour des salaires de famine. Un peintre estimait qu’il gagnait 18 cents pour une peinture qui pouvait se vendre plusieurs centaines de dollars en Europe ou aux USA. N’est pas cela l’exploitation du travail dans un atelier de la misère ?

On ne sait pas exactement combien de peintures ou combien de charretées de conteneurs de peintures sont exportées. Nous savons qu’il s’agit d’un très grand nombre. Une communauté (Shenzhen), la plus grande ville de fabriques de peintures comprend un nombre estimé de 8000 à 10000 esclaves peintres. Ils font partie d’une organisation de 500 à 600 peintres esclaves. Collectivement ils exportent plus de 5000000 peintures par an. Une autre communauté, Xiamen City, a environ 7000 travailleurs peintres qui exportent à peu près la même quantité. Ces peintures sont vendues aux marchands d’art au conteneur et sont envoyées en Europe et aux USA.

Je voudrais revenir en arrière d’environ 40 ans vers la fin des années 60. Près de l’endroit où je vivais dans le Pacific Northwest aux USA, une nouvelle galerie d’art s’installait. Elle était bien située, spacieuse et remodelée avec élégance. J’avais discuté avec le propriétaire présomptif. Il me trouva à son goût et me proposa de tenir la galerie. Je refusais l’offre pour beaucoup de raisons différentes : l’une d’elles étant que je ne pouvais pas établir s’il était légal. J’ai parlé à des gens qui pensaient que c’était un mafieux ou un membre de la CIA ou les deux. J’en parle parce qu’il m’avait expliqué que sa galerie d’art allait lui rapporter gros. Les peintures étaient importées d’Europe probablement d’Italie. Où exactement étaient-elles peintes? Il ne le disait pas. Elles semblaient avoir une touche européenne ou russe. C’étaient des peintures représentatives faites dans un style classique et elles ne coutaient à ce type, chacune gentiment encadrées, que quelques dollars pièce. Etait-ce un moyen de blanchir de l’argent ?

Il y a, à part le désavantage évident dans lequel se trouve l’honnête artiste actuel, l’injustice criante de tout ça. C’est une chose de ne pas respecter et honorer l’effort créatif. C’en est une autre d’être dans un système qui fait de son mieux pour le saboter.

Un dernier mot au sujet des importations chinoises: Quelques unes d’entre elles n’apparaissent pas être de mauvaise qualité. Si l’on considère les conditions dans lesquelles elles sont peintes, c’est un accomplissement stupéfiant. D’un autre côté, on ne peut pas dire non plus qu’elles soient de bonne qualité. Le message étant que si vous êtes un artiste ou un peintre vous devez rechercher encore plus profondément la qualité : affûtez le « message ».

Longue vie à l’artiste peintre

Version en anglais : Sweatshop Challenge: assembly line fine-art painting

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