« Sur la Peinture

PEINTURE

Toiles originales et pour pas cher

30 avril 2008

Aux emplacements des bouquinistes parisiens le long des quais de la Seine vous pouvez acheter des peintures authentiques peintes à la main (l’écriteau est en anglais : « Original hand Painted Oils »). Les peintures ne sont pas des reproductions et sont effectivement peintes à la main mais originales, elles ne le sont pas. Elles sont certainement produites en masse dans les usines à peintures chinoises (voir cet article). La réponse du vendeur est évasive quand on le questionne sur l’origine des peintures. Que peut-il bien dire aux touristes ? Les prix que j’ai vus allaient de 15 euros pour les petits formats et montaient jusqu’à 85 euros pour les plus grandes toiles d’environ 50cm x 65cm. Les copies des sujets de Van Gogh semblent les plus abondantes.

Qu’est-il arrivé aux bouquinistes qui occupaient ces emplacements ? Cela fait quelque temps que je ne suis pas allé me promener sur la rive gauche le long de la Seine. En fait cela fait longtemps que je ne me suis promené dans Paris.

J’ai remarqué un autre changement : plus du tout de peintre dessinant des portraits au fusain aux alentours de Notre Dame et ceci par de belles journées d’Avril ? Bon, rien ne dure. Peut-être que le fait que presque tous les touristes transportent un appareil photo numérique y est pour beaucoup ?

Je crois que les nouvelles technologies et l’internet ont quelque chose à voir avec ce que nous constatons. Une chose par exemple : les jeunes gens ont grandi avec le piratage de la musique et des images. Beaucoup d’entre eux n’achèteraient jamais un logiciel d’origine. De l’argent pour une œuvre d’art originale ? Cela doit au moins être pour pas cher (« cheap »). J’utilise le terme « cheap » parce qu’il me semble que nous avons perdu l’élégance culturelle qui permettrait d’utiliser une expression plus raffinée pour du bas de gamme et aussi pour éviter de mettre en avant quelque chose qui glorifie le mauvais goût. De l’art bas de gamme chinois sur les quais de la Seine à Paris ?

Mon opinion est qu’il n’y a qu’une seule vraie justification pour acheter une œuvre d’art : elle doit vous procurer du plaisir. Une peinture stimulante peut vous donner à vous, vos enfants et aux enfants de vos enfants du plaisir pendant longtemps. Si la peinture n’est pas à la hauteur de cette attente, le prix en sera toujours probablement trop élevé.

Les galeries et les peintres ne vivent pas des temps faciles en ce moment. Comme toujours, il en reste beaucoup qui recherchent l’excellence à son plus haut niveau. Cependant cela demande du courage et de la persévérance de surmonter cette vague de … ? Quel est le mot ? Peut-être pourrait-on dire « détresse artistique ». Détresse artistique d’aussi bien de la part de certains de ceux qui se disent être artistes que de leur public.

Denis.

Version en anglais : Cheap Original Hand Painted Oils

Liberté vis-à-vis du contenu

24 janvier 2008

Dans l’article précédent « Libération vis-à-vis du contenu » mais aussi dans un article posté le 15 Juin 2007 « Grandes réponses », j’ai abordé le même problème sous des angles différents. Au risque de me répéter, je vais me lancer encore dans ce sujet. Espérons que les résultats de mes cogitations sur ce problème soulèveront votre intérêt.

Goethe disait que : « tout ce que nous percevons n’est que du matériel brut ». Cette courte phrase répond non seulement à une question philosophique de base mais parle aussi clairement de ce qu’est le fondement de la réalité de la vie. Il y a un décalage dans le temps important et significatif qui est normalement ignoré. Des tas de choses surviennent immédiatement après notre perception, et ceci à un niveau si subtil et si vite que nous passons directement aux pensées qui nous viennent à l’esprit. C’est ce que nous faisons tous. C’est facile et rassurant mais ce sont ces sensations manquées, ces processus internes du corps, ces perceptions, etc. qui forment la palette de la vie, les blocs de construction de l’expérience. L’artiste est la personne qui intervient dans ce processus d’avant la pensée. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre les sensations dont Matisse et Cézanne parlent.

Entre autres choses importantes, Cézanne disait : « L’art est une harmonie qui évolue parallèlement à la nature … Que dire de ces imbéciles qui disent qu’un artiste est toujours inférieur à la nature ? ». Cézanne pouvait dire cela car il comprenait ses sensations. Ce sont ses sensations corporelles qu’il traduisait en couleurs et en peinture.

Il y a un équilibre délicat entre une approche disciplinée et une recherche intuitive. Il y a la même différence entre la réflexion et l’expérience qu’il y a entre les valeurs esthétiques et psychologiques. Quand un artiste devient moins soucieux du résultat final et se concentre sur le processus créatif il trouve qu’il y a un fil du rasoir très aigu qui sépare ces à priori contraires.

Quand nous sommes en accord avec le processus, au moment de l’observation nous percevons directement ce qui est la sous nos yeux. Avant que n’arrive l’art déconstructif, les artistes avaient le souci de retrouver l’immédiateté et l’innocence de l’œil : ce que Matisse appelait « la condensation de la sensation ».

La peinture d’un sujet reconnaissable fixe l’attention du spectateur. Cela amène à la question d’entre les questions : Qu’en est-il exactement de notre lien avec le monde extérieur ? Est-ce le lien avec le monde de la nature ?

Il devient clair si l’on réfléchit à cela que nous ne pensons pas au niveau de la perception. En quelque sorte le processus physiques intérieurs sont organisés en perceptions intuitives qui sont à leur tour abstraites dans les symboles que nous appelons la pensée.

Ainsi l’artiste devient tout à fait conscient de ses sensations. Dans un sens vraiment concret la nature pense au travers de lui ou d’elle comme le disait Cézanne. L’artiste, le vrai artiste, ne s’attache pas au contenu dans ses pensées. Il ou elle devient conscient des processus intérieurs et les raffine ou les définit au moyen du médium qu’il a sous la main. Cette personne est en accord avec cette nature qui est tout à la fois intérieure et extérieure : le microcosme et le macrocosme. La pensée continue mais il s’agit d’un autre ordre des choses.

Version en anglais : More Freedom from Content

Libération vis-à-vis du contenu

7 janvier 2008

«Purple Pool», aquarelle, 38cm x 28cm, papier pur coton, 2005

Sur la page d’entrée vers les galeries dans mon site web il y a une courte introduction qui commence par : « Récemment, j’ai gagné en quelque sorte une certaine distance et de la liberté vis à vis du contenu de la peinture … » J’ai acquis depuis peu de temps ce sentiment de distance. Les peintures que je peins maintenant me parlent. Petit à petit, je commence à comprendre.

Depuis l’aube du modernisme, presque toute l’écriture critique s’est centrée sur la question du déclin de l’art. Qui sont les bons et qui sont les mauvais ? Tant que ce phénomène continuera, la santé de notre culture sera compromise. Il y a beaucoup de choses plus importantes dont nous devrions parler. Et où sont donc passés les gens qui appréciaient vraiment la peinture ? Pour l’artiste peintre d’aujourd’hui se pose le défi supplémentaire de travailler dans le vide. Ces choses viennent à l’esprit car si, en tant qu’artiste peintre nous devons être libérés du contenu de notre peinture, ce sont des considérations importantes.

Récemment, j’ai passé en revue quelques unes de mes anciennes peintures. J’ai sélectionné quelques unes de celles qui ont été peintes durant ces dix ou douze dernières années pour en placer des images sur le site web. Tout en faisant ce tri, je réfléchissais beaucoup au problème du contenu. Les peintures qui ont été produites il y a dix ans ont marqué pour moi un tournant. Avant réussir une peinture était une sorte de combat. Apprendre à peindre est une chose. Ceci est quelque chose de différent. Pour une raison ou une autre vous commencez à vous relâcher et à vous amuser en peignant. Le lien avec les outils, la peinture etc. change et choisir quoi peindre devient plus facile. Tout devient plus facile. Maintenant les questions des questions : Est-ce que ce sentiment de liberté peut arriver à n’importe quel moment ? Est-ce que l’on a à se convaincre soi-même que l’on le mérite ? J’espère bien que non.

Denis

Freedom from Content

Peindre l’univers

22 novembre 2007

«Man and Nature», aquarelle, 52cm x 37cm, papier pur coton, 1998.

La singularité de l’avant et des débuts des années 60 dans le mouvement artistique à San Francisco a été … Comment le dire ? Je peux le décrire de cette façon : il est entendu que ceux qui se rappellent des années 60 n’y étaient pas. Le « décor », si cela signifie quelque chose, était une expérience qui vous changeait la vie. Cela transformait les gens. Cela les reliait d’une certaine manière à l’univers tout entier. Ce n’était pas bien sûr l’expérience « hippie » ordinaire. Ce dont je parle est d’une façon exceptionnelle d’appréhender l’expérience intellectuelle et artistique : une poursuite intellectuelle qui était d’une certaine façon distante de la pensée rationnelle et directement tournée vers la vie. Par dessus tout, c’était la liberté …, la liberté d’avoir une compréhension individuelle de notre relation à la vie. Le travail de Jung sur les types psychologiques m’a alors beaucoup aidé dans ce domaine. Vive la différence !

Bien du temps après j’ai commencé à réfléchir sur le rôle de « l’esprit pionnier » dans ce contexte des années 60. Bon, réfléchir n’est sans doute pas le mot correct, j’ai plutôt eu l’intuition que les gens qui furent les premiers ouvriers de ce mouvement étaient infectés par quelque chose. Ce quelque chose a été appelé l’esprit pionnier. Il s’agit d’un changement psychologique subtil dans la relation des gens avec la nature et le monde dans sa totalité : l’univers. Ils ont commencé à se reconnaître comme étant une partie inhérente du tout. Les épreuves et les souffrances leur ont appris à se rapprocher intimement du monde, je dis intimement car en fait ils se sentaient alors comme en faisant partie.

A première vue, que nous fassions partie du monde semble si évident. Mais la culture européenne et par conséquent américaine a été pendant des siècles conditionnée vers une vision égocentrique et antropomorphique du monde. Les pionniers (dont une ou deux générations auparavant s’étaient dirigés dans des chariots vers l’ouest jusqu’à atteindre l’océan pacifique) recherchaient sans aucun doute inconsciemment une nouvelle vision des choses. Et cette nouvelle vision était consciemment engagée dans les débuts de l’avant-garde artistique en Californie.

Les commentaires sur ma peinture sont toujours les bienvenus. La créativité ne survient pas sans rien. Cela néanmoins me paraît surprenant que de nombreux commentaires signalent le manque de personnages dans mes peintures de paysages. Pour moi, il n’y a simplement pas besoin de personnages dans un paysage. Ils y sont déjà. Il n’y a aucune séparation visuelle, intellectuelle ou émotionnelle..

Version en anglais : Painting the Universe

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