7 décembre 2008
Dans mon dernier article, j’ai essayé d’apporter des idées sur ce qu’est la peinture par rapport à la photographie. Ces réflexions s’appliquent directement à ce que je voudrais exprimer dans cet article.
Avant de toucher un pinceau, mon mode de préparation est resté le même pour la plupart de mes peintures et ceci depuis de nombreuses années. Beaucoup de peintres utilisent cette approche que l’on peut qualifier de : « se préparer comme une tortue et peindre comme un lapin ». Le temps effectivement passé à peindre est bref si on le compare au temps pris par la préparation. Ceci était bien sûr la voie de la tradition. Quand la technologie par le moyen du tube de peinture a permis de peindre directement alla prima en plein air, beaucoup de peintres ont suivi cette direction. Sans vouloir entrer dans les détails, je voudrais dire que je pense que ce qui en a résulté est une perte importante de l’appréciation de la valeur qu’il y a à digérer mentalement la peinture, et, avant tout à absorber ces premières sensations qui ont soulevé l’intérêt.
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30 novembre 2008
J’avais beaucoup à réfléchir durant mes marches sur les plages normandes le mois dernier. Depuis longtemps, j’ai regardé de près notre tissu culturel. Aussi je n’ai pas besoin d’expliquer qu’il y avait pas mal de nouveautés à cet égard. Mais l’automne à toujours été pour moi une période d’introspection personnelle. J’ai bon espoir que les efforts faits cette année ont été perspicaces et m’apporteront la sagesse dont j’ai grand besoin. La reconnaissance de ce besoin semble venir avec l’âge, espérons le tout du moins. Concrètement cela implique le besoin continuel de redéfinir l’objet de ma recherche. Il semble que la voix de la créativité devient de plus en plus claire.
Joyce traite en profondeur de plusieurs facettes de la créativité dans « Portrait de l’artiste en jeune homme ». Henry Thoreau répète et insiste : « Simplifier, simplifier, simplifier ! Je le dis, laissez vos affaires comme deux ou trois, et non pas une centaine de mille, au lieu d’un million de compter une demi-douzaine, et tenir vos comptes sur votre ongle du pouce.» L’excès des détails nous sépare, non seulement du monde qui nous entoure, mais aussi de la compréhension de soi et de tous les efforts créatifs que faisons par la suite.
Retournons sur la plage. Cette année, ma difficulté à écrire et en particulier à écrire pour ce blog m’est devenue de plus en plus évidente. Pendant de nombreuses années, j’ai résolu le problème de l’écrit en n’écrivant rien : problème disparu ! J’ai décidé de laisser ma peinture parler à ma place et de me taire. Je me demande parfois si je n’aurai pas du continuer à me taire. Il me suffisait d’avoir quelques amis proches avec lesquels je puisse parler. Les considérations théoriques plus profondes ont leur propre place et j’ai compris depuis longtemps mes limites pour m’exprimer adéquatement dans ces sujets.
Revenons à la question en cours, est-ce que je continue l’effort de me trouver une « voix » par l’intermédiaire de ce blog ? Il me semble que j’ai du travail à faire dans ce domaine. Tout d’abord, il n’a pas été facile de comprendre qui me lit car il y a eu très peu de réponses. Il est vrai que je ne les ai pas vraiment encouragées. Je sens que j’ai eu une tendance à tout simplement écrire quelque chose pour écrire quelque chose comme c’est parfois très souvent le cas.
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3 octobre 2008
Cela semble sans doute banal de parler aujourd’hui de la vision artistique. Les événements mondiaux en cours imposent des discours plus utilitaires. Il me semble pourtant que depuis bien longtemps le sujet de la moralisation de la politique économique a atteint les limites possibles du dialogue. Et à l’intérieur de ces limites, nous allons d’une crise ou d’une guerre à l’autre. Il a été dit que sans vision les peuples meurent. Comme c’est vrai ! Traverser la vie en passant d’un objectif à un autre, c’est de la gestion de crise. Ce n’est pas être engagé dans la vie en totalité.
Est-ce de la fleur bleue moralisante ? Je ne le pense pas. Depuis le « juste milieu » selon Louis Philippe la grande majorité de la communauté artistique est passé d’un zeitgeist au suivant dans le défilé interminable du progrès, le but étant toujours identique. Il s’agissait de la recherche sans fin du prochain grand bond en avant. Entre-temps la vision artistique est devenue de plus en plus floue. Il ne reste plus maintenant qu’une petite étincelle.
En dépit de toute notre sophistication moderne notre manière de penser est fondamentalement visuelle. Même avec toute l’information que nous avons bel et bien sous nos doigts l’image photographique reste un outil puissant de manipulation et de contrôle (voir le livre de Susan Sontag intitulé « Sur la photographie » qui va bientôt être réédité dans sa traduction française). Quelqu’un a dit (je pense qu’il s’agit de Moholo-Nagy) que l’illettré du futur serait celui qui ignorerait l’appareil photographique et le crayon. Ceci a été écrit il y a environ 70 ans. De nos jours il est absolument impératif que nous commencions à comprendre l’étique et la grammaire des images photographiques. Nous devons réagir à ce type de pollution avec un degré d’urgence plus grand que celui de notre réaction à une crise économique. Jusqu’à ce que nous, en tant qu’individu, ne remettions les choses en ordre, tout continuera comme avant.
Commencer à avoir une bonne idée de ce qu’est la vision artistique est une aide à la compréhension de l’éthique et de la grammaire photographique. En fait il n’y a pas d’autre moyen de l’aborder. L’artiste a toujours voulu jouer un rôle dans la société contemporaine : être de son temps. Mais en même temps une partie de lui ou d’elle-même vit dans l’éternel.
C’est là que se place la vision artistique. Comment a-t-il pu autrement vivre au travers des temps dans sa soupente et mourir de faim juste pour cela ? Longue vie à l’artiste en chacun de nous !
Version en anglais : Artistic Vision
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15 septembre 2008
Dans la sphère artistique, nos regards se tournent vers des valeurs plus élevées ou tout du moins on se plaît à le croire. Pendant des millénaires, l’humanité s’est tournée vers le futur pour son salut et sa raison d’être. Je fais allusion à cela car je me suis toujours étonné de constater combien certaines choses restent les mêmes en dépit de tous les progrès prétendus. C’est dans le domaine artistique que cela semble de nos jours être le plus évident.
L’observateur superficiel croit qu’il y a eu un progrès fantastique effectué dans le domaine artistique depuis la Réforme et ce que l’on appelle la Renaissance. Il est vrai qu’il y a eu des progrès mais en quelque sorte tout avait été déjà fait avant. Rechercher dans le passé chez les grecs pour se guider et s’inspirer n’était pas vraiment faire preuve d’originalité. La période intermédiaire s’appelle trop facilement le Moyen âge et même les Dark Ages en anglais. Donc n’était-ce qu’un mouvement de plus de retour aux valeurs de l’humanité ? Comme la plupart du temps, cela semble largement n’avoir été qu’un exercice consistant à renommer les choses différemment. C’est alors que l’on a inventé le mot culture et avec ce mot a commencé la campagne de propagande moderne des élites qui se continue de nos jours.
Oui, c’est vrai l’artiste et ceux qui s’intéressent au domaine artistique dansent au rythme d’un autre musicien, ou tout du moins ils l’ont fait jusqu’à une période récente. Je ne suis pas si sûr que cela soit totalement fini. Il semble que toute prétention s’est essoufflée. Personnellement, cela ne m’attriste pas. Cela doit être ainsi. Actuellement l’artiste peut vaquer à ses occupations. Il le peut tout au moins pour l’instant car bientôt on lui dira de travailler, de consommer et de se taire.
Cette évaluation plutôt sombre de l’état des choses représente une petite partie des efforts que je fais pour relativiser l’état actuel des choses. (Tous ceux et celles qui n’ont pas remarqué les changements des tendances climatiques ont besoin de passer leur tête par la fenêtre). C’est comme quand vous faites une peinture : Il est alors nécessaire de reculer à une certaine distance afin de la voir plus clairement. J’espère que ceci aidera.
En toute franchise et pour l’art,
Denis.
Version en anglais : Work, Consume and Shut-Up
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