24 janvier 2008
Dans l’article précédent « Libération vis-à-vis du contenu » mais aussi dans un article posté le 15 Juin 2007 « Grandes réponses », j’ai abordé le même problème sous des angles différents. Au risque de me répéter, je vais me lancer encore dans ce sujet. Espérons que les résultats de mes cogitations sur ce problème soulèveront votre intérêt.
Goethe disait que : « tout ce que nous percevons n’est que du matériel brut ». Cette courte phrase répond non seulement à une question philosophique de base mais parle aussi clairement de ce qu’est le fondement de la réalité de la vie. Il y a un décalage dans le temps important et significatif qui est normalement ignoré. Des tas de choses surviennent immédiatement après notre perception, et ceci à un niveau si subtil et si vite que nous passons directement aux pensées qui nous viennent à l’esprit. C’est ce que nous faisons tous. C’est facile et rassurant mais ce sont ces sensations manquées, ces processus internes du corps, ces perceptions, etc. qui forment la palette de la vie, les blocs de construction de l’expérience. L’artiste est la personne qui intervient dans ce processus d’avant la pensée. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre les sensations dont Matisse et Cézanne parlent.
Entre autres choses importantes, Cézanne disait : « L’art est une harmonie qui évolue parallèlement à la nature … Que dire de ces imbéciles qui disent qu’un artiste est toujours inférieur à la nature ? ». Cézanne pouvait dire cela car il comprenait ses sensations. Ce sont ses sensations corporelles qu’il traduisait en couleurs et en peinture.
Il y a un équilibre délicat entre une approche disciplinée et une recherche intuitive. Il y a la même différence entre la réflexion et l’expérience qu’il y a entre les valeurs esthétiques et psychologiques. Quand un artiste devient moins soucieux du résultat final et se concentre sur le processus créatif il trouve qu’il y a un fil du rasoir très aigu qui sépare ces à priori contraires.
Quand nous sommes en accord avec le processus, au moment de l’observation nous percevons directement ce qui est la sous nos yeux. Avant que n’arrive l’art déconstructif, les artistes avaient le souci de retrouver l’immédiateté et l’innocence de l’œil : ce que Matisse appelait « la condensation de la sensation ».
La peinture d’un sujet reconnaissable fixe l’attention du spectateur. Cela amène à la question d’entre les questions : Qu’en est-il exactement de notre lien avec le monde extérieur ? Est-ce le lien avec le monde de la nature ?
Il devient clair si l’on réfléchit à cela que nous ne pensons pas au niveau de la perception. En quelque sorte le processus physiques intérieurs sont organisés en perceptions intuitives qui sont à leur tour abstraites dans les symboles que nous appelons la pensée.
Ainsi l’artiste devient tout à fait conscient de ses sensations. Dans un sens vraiment concret la nature pense au travers de lui ou d’elle comme le disait Cézanne. L’artiste, le vrai artiste, ne s’attache pas au contenu dans ses pensées. Il ou elle devient conscient des processus intérieurs et les raffine ou les définit au moyen du médium qu’il a sous la main. Cette personne est en accord avec cette nature qui est tout à la fois intérieure et extérieure : le microcosme et le macrocosme. La pensée continue mais il s’agit d’un autre ordre des choses.
Version en anglais : More Freedom from Content
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7 janvier 2008

Sur la page d’entrée vers les galeries dans mon site web il y a une courte introduction qui commence par : « Récemment, j’ai gagné en quelque sorte une certaine distance et de la liberté vis à vis du contenu de la peinture … » J’ai acquis depuis peu de temps ce sentiment de distance. Les peintures que je peins maintenant me parlent. Petit à petit, je commence à comprendre.
Depuis l’aube du modernisme, presque toute l’écriture critique s’est centrée sur la question du déclin de l’art. Qui sont les bons et qui sont les mauvais ? Tant que ce phénomène continuera, la santé de notre culture sera compromise. Il y a beaucoup de choses plus importantes dont nous devrions parler. Et où sont donc passés les gens qui appréciaient vraiment la peinture ? Pour l’artiste peintre d’aujourd’hui se pose le défi supplémentaire de travailler dans le vide. Ces choses viennent à l’esprit car si, en tant qu’artiste peintre nous devons être libérés du contenu de notre peinture, ce sont des considérations importantes.
Récemment, j’ai passé en revue quelques unes de mes anciennes peintures. J’ai sélectionné quelques unes de celles qui ont été peintes durant ces dix ou douze dernières années pour en placer des images sur le site web. Tout en faisant ce tri, je réfléchissais beaucoup au problème du contenu. Les peintures qui ont été produites il y a dix ans ont marqué pour moi un tournant. Avant réussir une peinture était une sorte de combat. Apprendre à peindre est une chose. Ceci est quelque chose de différent. Pour une raison ou une autre vous commencez à vous relâcher et à vous amuser en peignant. Le lien avec les outils, la peinture etc. change et choisir quoi peindre devient plus facile. Tout devient plus facile. Maintenant les questions des questions : Est-ce que ce sentiment de liberté peut arriver à n’importe quel moment ? Est-ce que l’on a à se convaincre soi-même que l’on le mérite ? J’espère bien que non.
Denis
Freedom from Content
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17 décembre 2007
La question qui vient logiquement après celle du comment peindre à l’aquarelle est celle du quoi peindre. Garder en tête ces deux questions vous aide à accélérer l’apprentissage. J’ai beaucoup réfléchi à ces questions que se posent les artistes peintres en herbe. Des conseils m’ont été demandés par beaucoup d’entre eux au cours des années. Dès que l’on parlait de peinture. il y avait beaucoup d’heures et de jours passés à débattre ensemble de la question: comment devenir un peintre ? Finalement, enseigner et apprendre se confondent et je me rappelle ces rencontres avec tendresse.
J’espère que, si vous pouvez supporter mes errances, je peux vous proposer des réflexions qui peuvent vous aider. Récemment dans le billet intitulé Peindre l’univers, il y avait l’image d’une peinture appelée « L’homme et la nature » ainsi que les anciennes peintures qui ont été peintes il y a 10 ans à une époque où je me consacrais encore quasi totalement à l’aquarelle. J’étais arrivé plusieurs années auparavant à comprendre que je devais me concentrer sur l’apprentissage des matériaux (pigments, papiers, pinceaux, etc.) pour pouvoir m’en libérer. Chacun intègre à sa propre manière qu’il est vital d’apprendre les matériaux. Il a été dit que l’artiste est amoureux de ses outils.
Revenons au sujet de la peinture : Cette peinture ainsi que toutes celles de cette période ont été cruciales pour moi. Je me sentais libéré et étais pleinement conscient de ce qui se passait. Je suis un intuitif et donc une analyse consciente de ce qui se passe ne me parvient pas facilement. Être à fond dans l’action et se trouver (sic) est exactement ce dont il s’agit. Il y a quelques mois, j’ai écrit sur le sujet de l’apprentissage de l’aquarelle. Des conseils au sujet des matériaux ont été diffusés à cette occasion. Il y a tellement de bons livres et magazines à ce sujet que je ne vois pas d’intérêt à y ajouter quelque chose. Cependant si je peux vous encourager à les assimiler totalement et ensuite de ne plus vous en inquiéter … j’aurai alors accompli quelque chose.
Je répondrai aux courriers de tous ceux qui se sont engagés dans cette voie.
Ne laissez pas sécher vos pinceaux,
Denis.
Version en anglais : Beyond How to do Watercolor
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30 novembre 2007
Dans la mesure où un artiste peintre est intuitif et instinctif, il ne favorise pas ses capacités intellectuelles. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne peut pas s’exprimer de façon logique. Ce n’est tout simplement pas pour lui la priorité. L’expression créative passe souvent en premier.
Le penchant vers la création a conduit notre héritage culturel au long d’un chemin parsemé de roses vers l’ignorance. Tout artiste, et pas seulement l’artiste peintre, n’est pas disposé à débattre avec une police des arts autoproclamée. Il n’en a tout simplement pas le temps. Une raison encore plus importante est que se jeter dans la mêlée serait source de régression sur le plan spirituel. De plus si des vérités éclairées doivent persister, se complaire dans des questions accessoires n’est pas un choix judicieux. La liberté est avant tout un état d’esprit.
S’il est vrai que nous peignons ce que nous sommes, cette conclusion est importante. Seul un artiste peut juger du travail créatif. Nous commençons par juger de notre propre travail. Ce n’est pas une quête rationnelle. Cela demande un état d’âme d’une franche sincérité. Et c’est alors que l’on trouve son moment de vérité et aussi d’humilité.
Version en anglais : Are painters rational?
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