1 avril 2011
Hé bien, tout d’abord il y a eu le déménagement et tout ce que cela comporte et ensuite durant ces derniers mois les évènements du monde ont attiré l’attention, le Japon !. Où va le monde ? Au milieu de tout cela j’essaye de produire du travail pour deux expositions personnelles qui auront lieu cet été.
Que dire ? En premier et avant tout, je suis de tout cœur avec le peuple japonais. Les mots dans ce cas là sont totalement inadaptés. J’ai ressenti des moments d’émotion profonde en retour. Ce qui suit rend compte, bien que seulement quelques unes, de mes importantes réflexions. Soyez bien conscients que ce sont des pensées mises en mots qui ne reflètent pas bien l’essentiel de l’expérience. Mais cependant ces mots sont peut-être précieux par eux mêmes.
Tout ce qui suit est fondé sur une vision de la vie humaine qui tend à être hors de la norme actuelle. Ayant dit cela, je dois ajouter qu’à mon âge je ne ressens plus aucun jugement de valeur envers la société dans laquelle je vis. C’est plutôt le contraire. J’ai écrit par ailleurs que je crois que notre évolution ne se fait pas d’une manière linéaire. Ceci a bien été documenté dans le cas des peintures rupestres préhistoriques. Cependant nous faisons des progrès. Il se peut que l’humanité progresse de 100 pas pendant une période de 100 ans. Et peut-être que durant les années suivantes on régresse de 99 pas. Bon, on a quand même avancé d’un pas en tout. La valeur de la vie humaine n’a-t-elle pas progressé de cette manière ? De tout temps la dignité et la qualité de la vie humaine individuelle ne s’est améliorée que très lentement.
Ce modèle a été valable jusque les 150 dernières années. L’image photographique a directement et aussi indirectement transformé nos sensibilités artistiques et esthétiques. Il nous reste encore à commencer de comprendre son importance. Très peu de dizaines d’années après cela, l’industrialisation battait son plein. Et, étant donnés les choix proposés, nous avons pris le chemin glissant de la consommation de masse.
Cette petite parenthèse était nécessaire en tant que préface de ce que je voulais dire au sujet de mon expérience peu ordinaire. J’ai ressenti un sens profond d’identité avec le peuple japonais. Cela n’aurait pas été possible auparavant. Beaucoup, si ce n’est la plupart d’entre nous ont maintenant le sentiment que nous sommes tous ensemble dans le même bateau.
Mon espoir est que cet évènement catastrophique puisse déclencher nos pas dans une différente direction. Peut-être vers la compréhension du fait qu’un monde qui est dépourvu de sensibilité artistique et esthétique est un monde qui est en passe de tomber dans un profond précipice. Si nous ne revenons pas à la raison, nous regarderons d’ici quelque temps les fruits de la civilisation occidentale … Bon on ne peut pas revenir en arrière. L’humanité ne comprend plus l’importance du rôle de la sensibilité artistique dans la société.
En résumé : Si les grandes questions sont voilées alors la question importante du comment l’homme doit vivre devient aussi importante ou sans importance que celle du comment les fourmis doivent vivre.
Version en anglais : Art & Man Mechanized
Publié dans la catégorie: art
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9 décembre 2010
Anne dit:
Le vrai, ou est-il ? La vérité, qu’elle est-elle?
Vaste question en effet.
Le vrai n’est-il pas déjà subjectif ?
Physiquement, il dépend du point de vue.
Pour exemple, une photo est-elle une vraie représentation de la réalité ? Elle est plutôt la vision qu’a voulu en donner le photographe en ne mettant pas la poubelle qui est juste hors champ. La notion de champ/hors champ est déjà une interprétation volontaire ou pas du « vrai ».
Psychologiquement, le vrai est encore plus subjectif ?
Deux personnes vont vivre de façon très différente une situation. Et pourtant cette expérience est une (dans le sens unique) et donc à priori n’a qu’une seule vérité.
Cela me fait penser à la vérité factuelle. A près tout, un fait est un fait, incontestable, avéré.
Mais pourtant, en histoire, la vérité historique basée sur des faits réels est en constante évolution. En science, la vérité du moment ne sera pas celle de demain. La découverte d’une nouvelle « vérité scientifique » va bouleverser le vrai.
Je pense qu’il faut se poser la question de la vérité que l’on accepte : sa vérité, celle de sa famille, de sa « tribu », de ses collègues, de sa culture, de son époque.
En ce qui concerne l’art, avec mes faibles connaissances en ce domaine, je pense que l’essentiel est que l’artiste respecte sa vérité, son vrai à lui de l’instant ou il crée. (donc « sois vrai envers toi-même »)
Je suis d’accord avec Corot sur la vérité de la première impression.
On en revient finalement la plupart du temps à notre première impression des gens, du paysage, de notre assiette (ici visuelle), de notre futur logement, de son travail, de l’oeuvre que l’on regarde.
Réponse de Denis :
Merci Anne pour vos profondes remarques.
Voici la chose qui compte pour moi. Je crois que ce que nous voyons et ce que nous pensons au sujet de ce qu’est l’experience est important. Nous en venons à comprendre ce que les mots que nous utilisons pour décrire et expliquer les choses représentent. Quand ils en arrivent au point de devenir des abstractions, nous leur donnons un point de vue. Dans ce contexte, ce ne sont pas les choses que nous connaissons qui créent le problème … ce sont les choses que nous savons et qui ne sont pas exactes. Une mauvaise compréhension de la pensèe abstraite ou des mots abstraits à ces problèmes (J’en dirais plus à ce sujet dans un prochain article.) . L’Art consiste en grande partie en une bonne compréhension de la tradition en peinture et à résoudre des problèmes et non pas dans la poursuite d’abstractions telles que notre compréhension courante du mot « vérité ».
Comme tu le vois, Anne, je suis court dans mes réponses et long dans mes questions. J’ai confiance que ce que j’étudie et que mon intuition me conduisent vers les bonnes réponses. Ceci, je le pense est le chemin du peintre.
Salut, Denis.
Version en anglais : Comment and Answer : The Truth of the Painter
Publié dans la catégorie: l'artiste et l'art, peintres
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30 novembre 2010
Je comprends bien que, dans la plupart des régions du monde, être «politiquement correct» est incompatible avec une approche substantielle des sujets philosophiques. Est-ce que ceci a une influence sur notre façon de penser et de parler de l’art. Je crois que c’est peut-être le cas. Qu’en pensez-vous ?
Au milieu du 19ème siècle Sainte Beuve résumait l’état actuel des choses de la manière suivante «Le beau, le vrai, le bien est un bon slogan mais il est aussi spécieux. Si j’avais un slogan ce serait le vrai, le vrai seul et non pas accompagné tant bien que mal avec le beau et le bien.» (citation approximative). Il parlait je pense, de la valeur du vrai qui commençait à se faire jour dans les domaines scientifiques et artistiques. Il était proche des peintres. Corot parlait volontiers de l’importance de la première impression, vérité et exactitude. Bizarre quand si l’on considère son expertise pour rendre compte de ses impressions par les concepts classiques de composition et de design.
La vérité, exactement qu’est-ce que c’est ? Est-ce que cela a un rapport avec «Soit vrai envers toi-même.» ? Est-il suffisant de suivre l’opinion courante et de l’aromatiser avec l’idée la plus récente concernant le sens de ce qu’est le vrai ? Comment un peintre doit-il savoir ce qu’il doit peindre ? Est-ce vraiment aussi simple que le vrai ou l’imaginaire ?
Que de questions !
Version en anglais : The painter’s Truth
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9 septembre 2010

“Voici un coin de l’atelier tel qu’il était avant d’être fait. Voyez le billet précédent pour avoir les images actuelles. ”
Mon article antérieur au sujet de la pensée hors du cadre n’a pas indiqué comment reconstruire un nouveau cadre. C’est par la que nous entrons dans l’essentiel du sujet. La part de révolte est facile. La reconstruction d’une nouvelle éthique, d’un nouvel ensemble de valeurs, d’une nouvelle façon de faire la politique, etc. est une autre question. Il est alors très facile de devenir nihiliste. Que reste-t-il donc en effet quand toutes les valeurs, les dieux, les religions, les modes de pensées courants, et ainsi de suite se sont envolés ?
Il me semble que l’humanité est en train de se confronter à ce problème. Si l’on ne réussit pas à le résoudre collectivement, nous ne sommes pas sortis d’affaires. La compréhension qui est nécessaire pour cela est dans le camp des penseurs créatifs, ceux qui travaillent sur le fil du rasoir et se posent les questions difficiles.
Voilà les quelques pensées qui me tournent dans la tête. Se rappeler que, en fait, les réponses viennent toujours avant les questions n’aide pas beaucoup. Les questions semblent être si énormes. Y a-t-il quelque chose d’autre à faire que d’attendre patiemment en regardant les choses évoluer au ralenti ?
Ainsi me revoilà contemplant mon retour sur ma voie artistique. Il me semble m’en être écarté depuis quelque temps. J’ai beaucoup étudié la tradition mais je suis aussi très sensible à ce qui se passe dans le monde…
Mon déménagement a créé un nouveau mode de vie et un nouvel atelier :
J’écrirai plus tard comment se passent mes premiers pas de retour sur le chemin.
In art & love,
denis
Version en anglais : Getting Back on the Path
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